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DON'T GET AROUND MUCH ANYMORE
CAT ANDERSON

Le père Tralalère

Ils sont à nouveau à table, ou alors à la noce, comme on veut... On les avait quittés il y a quelque[...]
Ils sont à nouveau à table, ou alors à la noce, comme on veut... On les avait quittés il y a quelques semaines, au moment de la chute de Robespierre... La compagnie "d'ores et déjà " dirigée par Sylvain Creuzevault présentait alors "Notre terreur " sur la scène parisienne du théâtre de La Colline.. Même lieu, même décor avec "Le père Tralalère ", mais cette fois-ci c'est un repas de noces qui dégénère... Autour du père, d'une douceur carnassière, sont réunis les amis et les frères des deux mariés, ainsi qu'un présentateur de télé dont l'érudition vire très vite au ridicule, sans oublier un employé du père complètement servile... Peu à peu, l'ambiance se lézarde, les mariés soudainement se dénudent... ça copule, ça déglutit... Bientôt,  ça  se met à hurler et à saigner, avec les mêmes convives, quelques mois ou quelques années plus tard... Le père est toujours aussi carnassier, mais beaucoup moins doux.et un peu plus cancérisé... Il en veut beaucoup aux jeunes mariés qui n'ont aucun projet d'avenir et dont l'union tend elle aussi à se dézinguer... On l'aura compris : avec "Le père Tralalère", la rage d'improvisation qui anime la compagnie de Sylvain Creuzevault trouve un exutoire fantastique... C'est surtout dans la mise en place des personnages et dans la déconstruction du canevas de départ que le propos fait mouche, emmenant pour ainsi dire le spectateur de "Festen " à  Pasolini dans une sorte de "Famille je vous gerbe dessus " complètement hallucinant... Parfois, ça va trop vite ou alors c'est trop brutal... A moins que la pièce ne souffre d'un certain déséquilibre entre personnages masculins et féminins (l'absence de la mère, dés le départ)... Il y avait déjà dans "Notre terreur " ces quelques scories et autres embardées non maîtrisées qui témoignaient plus du happening un peu daté que d'une réelle radicalité.... Il reste que ce théâtre à mains nues, sans cesse au bord du gouffre comme pour mieux sonder les effrois contemporains, est de la pure dynamite, à la mesure de l'audace et de l'énergie chorale dont fait preuve une jeune troupe en plein devenir, et dont la propension à détraquer  les vieux schémas du théâtre hexagonal est de l'ordre du jubilatoire... "Le père Tralalère", création collective de Sylvain Creuzevault, au théâtre de la Colline à Paris jusqu'au 31 octobre
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