Direct
IT ONLY HAPPENS ONCE
SAMARA JOY

Billie Holiday, une affaire d'Etat

Le mercredi 02 juin 2021, par Laurent Sapir
Se targuant de refléter à l'écran l'expérience afro-américaine, Lee Daniels n'a rien perdu de son académisme, de ses outrances et du feutre gras qui lui tient généralement lieu d'écriture cinématographique. Sa dernière victime s'appelle Billie Holiday.

Avec l'opportunisme qui le caractérise depuis le début de sa carrière (Precious) et qui lui a parfois pas si mal réussi (Le Majordome), on pouvait compter sur Lee Daniels pour jeter son dévolu sur Billie Holiday. Tellement facile de transformer l'inoubliable interprète de Strange Fruit en porte-étendard de Black Lives Matter... Le gros souci s'appelle James Erskine. Le documentaire en forme de thriller que ce jeune réalisateur britannique a consacré l'an passé aux tourments de Lady Day et à la traque ignoble que lui réserva le FBI résumait déjà l'essentiel avec panache et sensibilité.

Le cinéaste touchait d'autant plus juste en superposant à l'odyssée de Billie Holiday celle de son apprentie-biographe, la journaliste Linda Kuehl, prête à plonger dans le monde obscur de son idole jusqu'à s'y brûler les ailes. Avec Andra Day dans le rôle-titre, Lee Daniels a déniché, certes, le bon casting dans le refus de victimiser la chanteuse. Les yeux plantés devant la caméra lorsqu'elle chante, la comédienne donne à son personnage des accents de battante.

Autour d'elle, malheureusement, les différents protagonistes de ce récit peinent à exister. On passera sur Lester Young transformé pour l'occasion, et de façon assez indigne, en obscur sideman. Plus consistant en apparence, Trevante Rhodes, repéré dans Moonlight, incarne ici Jimmy Fletcher, un agent du FBI ayant la même couleur de peau que celle qu'il est chargé d'espionner et dont visiblement il va tomber amoureux.

Sauf que Fletcher n'est pas Linda Kuehl. On se désintéresse bien vite des ambiguïtés de ce personnage tant la trame narrative, entre deux chorus d'intraveineuses et quelques parties de jambes en l'air, s'englue dans le glauque et l'outrance. À ce point surligné, le propos laisse paradoxalement le spectateur pour le moins circonspect sur ce que Lee Daniels a véritablement voulu filmer. On reste pareillement dubitatif devant la construction faussement audacieuse du récit, un peu en mode ultra-fragmenté. Comme si cela pouvait tenir lieu de mise en scène. Comme si cela pouvait effacer l'académisme d'un bulldozer.

Billie Holiday, une affaire d'État. Sortie en salles ce mercredi 2 juin.

 
Partager l'article
Les dernières actus du Jazz blog