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JAZZTON
HAROLD LOPEZ NUSSA

ONJ/Around Robert Wyatt

Le samedi 09 mai 2009, par Laurent Sapir

C'était en octobre. Invité à commenter les premiers pas de l'ONJ, l'Orchestre national de Jazz, dont il est le nouveau directeur artistique, Daniel Yvinec lâche au micro de TSF la question à mille euros: que faire avec le jazz ? Certainement pas table rase du passé, précise t-il immédiatement. Et en même temps il a cette phrase un peu hard au prime abord: il n'est pas là, dit-il, pour jouer "la musique de nos pères "... 

Robert Wyatt, ce barbu tutélaire du rock psyché et instrumental des années 70 dont le répertoire a inspiré le nouvel ONJ, avait les mêmes préoccupations. On ne peut pas vraiment dire que ses albums swinguaient au sens littéral du terme, ce qui n'empêchait pas Wyatt d'avoir constamment le référent jazz en tête. Il n'hésitait pas, d'ailleurs, dans un top 10 qu'il avait esquissé pour une revue spécialisée, à citer en number one "Goodbye Pork Pie Hat ", de Mingus... Venaient ensuite le concert de Monk au Town Hall, le tandem Miles Davis/Gil Evans, mais aussi Allen Toussaint, les Beatles et Chostakovitch...

Que faire avec le jazz ? peut-être pas forcément un disque de jazz au sens étroit du terme, répond Yvinec. Ou alors ce serait un jazz qui découche, un jazz infidèle, un jazz impur abreuvant les microsillons de la pop et du classique, avec en bonus la formidable inventivité mélodique d'un Robert Wyatt revivifiée ici par quelques voix célèbres (Wyatt lui-même, mais aussi Camille, Daniel Darc, Arno, Rokia Traoré, Yael Naïm, Irène Jacob...) qui ont été pré-enregistrées et sur lesquelles un aquarelliste hors-pair comme Vincent Artaud a fignolé des arrangements satinés, flûtés et somptueusement hypnotiques, comme si l'écrin se voulait encore plus scintillant que le bijou à l'intérieur.

Le jazz  est en diagonale dans ces orchestrations à la fois soyeuses et complexes. Un premier solo surgit, deux minutes après "The Song ",  premier morceau de l'album... Le timbre velouté de Yaël Naïm fait merveille sur la piste 3, "Just as you are ", avec en supplément d'âme un banjo d'enfer et une apparition d'anthologie d'Arno dans la 2ème partie du morceau... Il y a aussi ce superbe échange sax/clarinette sur la 6ème chanson, "Shipbuilding ", la guitare électrique qui s'envole sur "Vandalusia ", la sublime fragilité d'Irène Jacob dans ce qui est sans doute le meilleur morceau de l'album, "Del Mondo ", en concurrence peut-être avec le labyrinthe symphonique de "Kew. Rhone ",  et puis aussi ce final interstellaire dans "Caroline " qui rappelle un peu certaines séquences que Vincent Artaud avait déjà livrées sur le dernier disque de Pierrick Pedron, "Omry ", dont il était aussi l'arrangeur...

Reste à savoir si c'est bien la vocation de l'Orchestre national de Jazz que de délivrer un disque aussi ultra-transversal... L'accueil favorable de la critique suggère en tout cas que les polémiques passées ne sont plus de saison et que Daniel Yvinec a tout simplement réussi a signer, non seulement un disque magnifique et exigeant, mais aussi un disque de l'ONJ accessible, exportable et complètement en phase avec la nécessité que de plus en plus de musiciens de jazz éprouvent, aujourd'hui, à vouloir sortir de leur pré carré. L'Orchestre national de Jazz est aujourd'hui dans les mains d'un passeur. Cela relève bien, quelque part, d'une mission de service public.

Orchestre National de Jazz/Robert Wyatt (Bee Jazz)... Spécial ONJ sur TSF aux Lundis du Duc le lundi 18 mai à 19h, avec, entre autres,  Daniel Yvinec et Jack Lang, ancien ministre de la Culture sous lequel a été fondé l'ONJ  (A suivre également, le blog toujours décapant de Daniel Yvinec sur le site même de TSF)...

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