Direct
MARMALADE
BUD POWELL

Josep

Le dimanche 18 octobre 2020, par Laurent Sapir
Dans la belle lignée de "Valse avec Bachir", le dessinateur Aurel signe, avec "Josep", une puissante évocation, en mode animation, d'un dessinateur et peintre catalan qui a résisté avec son crayon.

La fragilité d'une image, d'un cliché, d'un souvenir... Voilà bien ce qui est au cœur de Josep et du procédé qui lui est associé, celui du film d'animation. Le dessinateur Aurel, (Jazz Magazine, Le Canard Enchaîné...) en maîtrise toutes les virtualités lorsqu'il évoque le parcours d'un autre dessinateur devenu peintre, Josep Bartoli (1910-1995), parqué dans un camp français après avoir fui l'Espagne franquiste.

Prologue saisissant: errant dans une forêt blafarde, trois combattants déguenillés fuient leur pays. No Pasaran ? Franco et ses sbires, hélas, viennent de prendre Barcelone le 26 janvier 1939. Ne reste plus qu'à rejoindre la France, pays des droits de l'homme qui ne s'est pourtant guère mobilisé au sommet de l'État lorsque l'Espagne républicaine appelait à l'aide. Un brouillard enveloppe peu à peu nos trois silhouettes qui, soudainement, s'effacent du plan alors qu'elles approchent de la frontière. 

C'est contre cet effacement que Josep Bartoli va se dresser crayon en main derrière les barbelés d'un camp des Pyrénées-Orientales où l'on rassemble ces Espagnols jugés trop pouilleux et trop rouges par la France de Daladier. Ni douche, ni soins...  Entre deux humiliations (des gardes chiourmes lui pissent dessus, jet d'urine jaune-sang sur des aplats terreux...), Josep peut tout de même compter sur la bienveillance d'un gendarme moins odieux que ses collègues et dont la mémoire embrouillée, quelques 60 ans plus tard, sert de trame au récit.

Tout aussi embrouillé ou alors de plus en plus flou malgré les contours d'une photo, le visage d'une femme aimée que Josep ne parviendra pas à retrouver. Reste le portrait d'un camarade insurgé qui va payer de sa vie le fait d'avoir résisté. Ce portrait, le dessinateur veillera à ne jamais l'effacer de ses souvenirs, y compris lorsqu'après-guerre, et sous le soleil de Mexico, il filera le parfait amour avec la mythique Frida Kalho avant de connaître la consécration à New-York.

Des tons charbonneux à une palette plus vive et davantage en mouvement, Aurel excelle dans les contrastes de l'aquarelle en intégrant à son travail, et avec un vrai pouvoir d"émotion, les croquis fulgurants de Josep Bartoli. Avec le renfort de Jean-Louis Milési pour le scénario, il sait aussi ménager dans un récit parfois très cru des moments plus impressionnistes qui transcendent la simple illustration d'un destin hors du commun. Quelques noms connus (De Sergi López à François Morel, en passant par Valérie Lemercier et Gérard Hernandez) lorsqu'il s'agit de donner voix aux personnages renforcent la puissance d'incarnation de Josep, même si le film est peut-être un peu trop ramassé pour se porter au même niveau que Valse avec Bachir, modèle du genre.

Josep, par Aurel. Le film est sorti le 30 septembre.

 

 

Partager l'article
Les dernières actus du Jazz blog