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Shampoo

Warren Beatty en Don Juan du sèche-cheveux... Enfin édité en DVD, "Shampoo", de Hal Ashby, nous raconte surtout la gueule de bois du Nouvel Hollywood.

D'une décennie à l'autre, ce n'est plus le même Warren Beatty. De La Fièvre dans le sang à Bonny and Clyde, en passant par Lilith et Mickey One, c'est encore le syndrome James Dean qui taraude l'un des acteurs les plus mythiques d'Hollywood au gré de personnages romanesques et tourmentés. Devant la caméra d'Hal Ashby (Harold et Maude, La Dernière Corvée...) en 1975, c'est un autre homme. Toujours bourreau des cœurs, certes, mais un bourreau élimé, désabusé, dépassé par son époque... Bref, un coiffeur pour dames.

En 24 heures, et pas n'importe lesquelles, ce Don Juan du sèche-cheveux tombe en enfer. Transbahuté dans un dîner électoral à Beverley Hills lors de la victoire de Richard Nixon en 1968, notre héros s'emmêle les pinceaux avec ses différentes maîtresses, pour la plupart nymphomanes ("What I really want is to suck his cock !", lance Julie Christie dans une scène carrément culte)... Il échoue par ailleurs à obtenir un financement pour ouvrir son propre salon de coiffure. Son hédonisme libertaire, enfin, se prend une véritable gueule du bois alors qu'un nouveau marais républicain pointe à l'horizon.

Le fait que le film date de 1975 amplifie ce désenchantement. On y entend les Beach Boys, Paul Simon et Lucy in the Sky with Diamonds des Beatles, mais la contre-culture est déjà bien enterrée. Récupérée, même, comme le souligne à juste titre le journaliste Jean-Baptiste Thoret (dont Carlotta Films s'est associé les talents pour la sortie du film en DVD), à l'instar de ce vieux sénateur républicain qui s'en va fumer des joints avec des hippies dans un jacuzzi. Le ver était-il dans le fruit dès 1968 ?

1975, c'est aussi le moment où le Nouvel Hollywood lui-même, dont Ashby et Beatty furent les emblèmes, est en train de se faire racheter par les conglomérats. Dans ce contexte, voir soudainement surgir dans un rôle mineur la future princesse Leia de Star Wars, alias Carrie Fischer, a presque valeur d'anticipation. Il nous reste, heureusement, cette patine si débridée dans la mise en scène, et cette manière toujours bluffante chez Hal Ashby de jongler entre légèreté et mélancolie. Derrière son vernis potache, Shampoo sublime le doux-amer.

Shampoo, Hal Ashby (1975), sortie en DVD le 7 mai chez Carlotta Films. Coup de projecteur sur TSFJAZZ, le jeudi 9 mai (13h30), avec Jean-Baptiste Thoret.

 

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