Direct
THE SALOON
JULIEN LOURAU

Juno

Le jeudi 31 janvier 2008, par Laurent Sapir

Elle n'a pas l'air comme ça, Juno, mais elle a vraiment la grâce. Et le film éponyme de Jason Reitman promène la même allure: il n'a pas l'air comme ça, et il se retrouve nominé pour l'Oscar du meilleur film. Il faut dire que le spectateur, sans comprendre vraiment ce qui lui arrive, se fait littéralement harponner par la finesse du propos.

"Juno" démarre un peu glauque, au départ: une ado de 16 ans se retrouve enceinte par accident. Elle veut se pendre... Finalement, elle décide de garder son môme pour le confier à des parents adoptants. Avançant au gré des saisons, le film trouve son rythme, et ce qui aurait pu être cantonné à un teen movie sans réel intérêt prend une tournure de plus en plus habile. Il faut dire qu' elle n'a pas la langue dans sa poche, la petite Juno, et qu'à travers les dialogues et l'interprétation mémorable d'Ellen Page, le film balance deux ou trois choses sur les classes moyennes américaines qui valent leur pesant de cacahuètes.

C'est surtout le contraste entre la gamine délurée et le couple d'adoptants qui fascine. Lui dans l'amoureux en fin de course, dont on se demande finalement si il ne s'intéresse pas plus à Juno qu'à l'enfant qui doit naître. Elle, tellement engoncée dans son confort, tellement maladroite également face à Juno... Les autres personnages n'ont pas moins de saveur, à commencer par le petit copain de Juno, celui qui l'a rendue enceinte. Au départ, c'est le benêt parfait, un peu décontenancé, mais on comprend vite que Juno n'a aucune raison finalement de le larguer.

Les parents de la gamine sont eux aussi parfaitement campés dans leur profil, avec notamment ce personnage de belle-mère qui rêve de chiens et dont la douceur des traits dissimule un vrai sens de la morsure dés qu'elle est contrariée. La qualité de la mise en scène, enfin, emporte le morceau. L'image change de couleur au rythme des saisons, des étudiants lancés en pleine course dans un stade reviennent de façon récurrente, la B.O, qui va d'Astrud Gilberto à Sonic Youth en passant par les Kinks, est complètement aérienne... On ne va pas crier au chef d'oeuvre, certes, sachant que le film ne s'évade jamais réellement des paramètres mainstream qui encadrent un certain cinéma américain. Il serait tout à fait plausible dans le même temps, si le succès générationnel est au rendez-vous, que "Juno" devienne un parfait film-culte...

Juno, de Jason Reitman (Sortie en salles le 6 février)

Partager l'article
Les dernières actus du Jazz blog