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BOBBY JASPAR

Incendie nocturne

Le samedi 20 février 2021, par Laurent Sapir
Il aura donc suffi d'un "Incendie nocturne" pour que la mayonnaise finisse par prendre entre Harry Bosch et sa dauphine désignée, l'inspectrice-surfeuse Renée Ballard. Un bon cru de Michael Connelly malgré quelques faiblesses ici et là.

Ça y est, Bosch a réussi à initier Renée Ballard au jazz. Elle ne change plus la station qu'il lui a programmée sur sa radio. Et lorsque la jeune inspectrice de nuit à Hollywood dont Michael Connelly a imaginé les contours il y a deux ans se rend au bureau d'un juge pour pouvoir mettre un suspect sur écoute, la voici soudain fascinée par une photo de Ben Webster accrochée au mur. "La brute et la beauté, c'est comme ça qu'on l'appelait ", enchaîne le magistrat. "Il était capable de vous faire pleurer quand il jouait du sax ténor, mais il devenait méchant quand il buvait. Violent, même. Et ça, c'est une histoire que je vois tous les jours quand je vais au tribunal ".

Aucune relation de brute à beauté, en revanche, entre Harry Bosch et Renée Ballard. Ça fait un bail de toute façon que l'ex-inspecteur du LAPD (Los Angeles Police Department) a renoncé au "Pas de quartier !" d'autrefois. Plus la force. Un genou détraqué + une forme de leucémie que Connelly lui a inoculée (sans que ce soit la partie la plus convaincante du récit...) ont rendu Bosch plus chèvre, même si le vieux loup a encore des réserves. Ballard, en revanche, reste fidèle à elle-même: résolue, straight, effrontée, mais toujours en proie à ses propres fantômes entre le surf et la plage. En attendant, l'attention que Bosch lui témoigne touche davantage que lors de leur première rencontre si décevante en intensité.

Les trames narratives s'entrecroisent d'ailleurs avec plus de vigueur. Premier arc, cette affaire non résolue d'un jeune toxico blanc abattu dans un quartier de L.A. contrôlé par son gang. L'identité du meurtrier compte moins ici que la raison (un peu faiblarde au rayon thriller...) pour laquelle un vieux flic a volé le dossier aux scellés avant de le transmettre à Bosch en guise de testament. En parallèle, l'ex-inspecteur retrouve son inénarrable demi-frangin, l'avocat Mickey Haller, avec à la clé une sidérante séquencce où le défenseur-prestidigitateur réussit à faire innocenter un suspect confondu par son ADN à-propos du meurtre d'un juge.

Renée Ballard enquête quant à elle sur un sans-abri retrouvé calciné dans sa tente. Connelly essaime à merveille pointillés et points communs entre toutes ces affaires. Une certaine façon de marcher avec l'orteil en dedans peut suffire, parfois, à vous mettre sur la bonne piste. Comme toujours avec l'auteur, les détails de procédure policière ont une aura romanesque et la société américaine continue à bouger sous sa plume: sexisme, homophobie, pressions du mouvement Black Lives Matter... On relève également une certaine noirceur au fil des pages, à l'instar de cette gamine en surpoids retrouvée pendue ou de ces corbeaux venant se fracasser sur une baie vitrée. Connelly excelle en la matière, même s'il est un peu moins regardant quant à la qualité de certains de ses dénouements.

Incendie nocturne, Michael Connelly (Éditions Calmann-Lévy)

 

 

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