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SEVEN STEPS TO HEAVEN
MILES DAVIS

Benedetta

Le mardi 13 juillet 2021, par Laurent Sapir
Nonnes en chaleur alors que la peste se propage dans l'Italie du 17e siècle. Avec "Benedetta", Paul Verhoeven plonge l'embarrassante Virginie Efira dans une galéjade de son cru aussi pataude que divertissante.

Comme dans L'Exorciste, une voix rauque sort de la bouche de Sœur Benedetta, cette nonne peu farouche dont une hiérarchie ecclésiale peu scrupuleuse, surtout dans l'Italie du 17e siècle, entend exploiter son compagnonnage présumé avec Jésus. D'une convulsion à l'autre, la religieuse fait un usage tout aussi astucieux, sexuellement parlant, d'une statuette en bois de la Vierge Marie. "C'est un peu rugueux ", lui balance sa jeune partenaire de couvent. Entre elles, c'est le feu sous la braise, y compris lors d'un chorus intestinal de haute volée dans les latrines.

Ainsi batifole Paul Verhoeven, orfèvre en too much et enguirlandeur en chef dès lors qu'il s'agit de baliser le chemin de croix de son héroïne d'un coulis de scènes plus ou moins grotesques. Entre deux friandises gothiques, son péplum mystico-trivial rappelle parfois les gialli italiens, ce sous-genre de série Z qui eut ses heures de gloire dans les années 70. Le tableau a de l'allure mais pitié, qu'on laisse Bunuel reposer en paix !

Car c'est prêter beaucoup d'intentions à Benedetta que d'en faire un pamphlet féministe contre l'obscurantisme religieux et les jeux de pouvoir à dominance masculine. Bien moins corrosif que dans Elle, son avant-dernier opus magnifié par une Isabelle Huppert toute en rage froide, le propos de Verhoeven relève surtout ici du recyclage avec dans la foulée une mise en scène pataude, théâtrale et faussement échevelée. Entre sang et jouissance, les fluides ne sont pas toujours gages de fluidité.

Les comédiens, heureusement, ont l'air de bien s'amuser, à commencer par Charlotte Rampling en mère supérieure déclassée et Lambert Wilson dans la peau d'un nonce qui apporte la peste avec lui. En revanche, Virginie Efira, comme cela lui arrive hélas assez souvent, apparaît davantage en porte-à-faux. Surtout quand elle lance "Doux Jésus! ". Si peu monastique et si peu vénéneus, son teint hâlé a au moins le mérite de laisser son personnage dans un entre-deux dont Verhoeven ne semble pas trop savoir quoi faire. 

Benedetta, Paul Verhoeven, Festival de Cannes 2021, sorti en salles vendredi dernier.

 

 

 

 

 

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