Direct
DANCE ME TO THE END OF LOVE
MADELEINE PEYROUX

Adults in the Room

Avec "Adults in the Room", Costa-Gavras met en scène une tragédie grecque avec un certain tonus, celui dont fit notamment preuve l'ex-ministre des Finances d'Alexis Tsipras.

Difficile, quand il est question de tragédie grecque, de ne pas convoquer un chœur. Costa-Gavras y a recours à deux reprises dans sa stimulante évocation des années Tsipras/Varoufakis. D'abord de façon maladroite lorsque l'ex-ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, attablé à un restaurant, voir surgir un peuple au silence lourd des déceptions à venir. Aussi lourd que la séquence elle-même.

L'autre chœur tragique crève bien plus l'écran. Pour illustrer la terrible nuit bruxelloise du 13 juillet 2015 où l'Europe-forteresse mit à genou Alexis Tsipras au sujet des mesures d'autérité que son pays venait de refuser par référendum, le réalisateur de Z  imagine une sorte de ballet macabre où les 27, réduits à des marionnettes, enserrent leur "partenaire" grec jusqu'à lui faire rendre gorge.

Cette trouvaille de mise en scène emporte le morceau, d'autant que tout le film peut se déguster comme l'art de faire cinéma avec ce qui lui échappe à première vue, autrement dit toutes ses discussions sans fin sur la restructuration de la dette grecque. Difficile, avec un tel matériau, de signer un vrai film d'action, à moins de prendre comme levier cette cinglante répartie de Christine Lagarde, ex-patronne du FMI, lorsqu'elle se demande s'il y a des adultes dans la salle.

Le titre et le propos d'Adults in the Room y trouvent toute leur cohérence. Pour le reste, on laissera aux experts le soin de valider ou non une vision des faits calquée sur le livre et le bagout de Yanis Varoufakis, éphémère Achille échappé du sérail, plus qu'à l'aise dans les méandres de la mondialisation financière mais trop "cool" ou trop "punk", c'est selon, pour triompher des costards-cravates qu'il trouve face à lui.

Pas question, en tout cas, pour Costa-Gavras, d'encenser l'un pour enfoncer l'autre. C'est ainsi qu' Alexis Tsipras ne fait pas si pâle figure dans ce récit. Tel un "espadon pris à un hameçon", ses hésitations vont de pair avec sa sincérité, a contrario du "capitulard" dénoncé par certains. Lui comme Varoufakis, somme toute, ont le même regard sur la duplicité française incarnée par le ministre PS des Finances de l'époque, Michel Sapin. À voir avec quel régal il ridiculise ce personnage, Costa-Gavras semble partager le même point de vue.

Adults in the Room, Costa-Gavras (Sortie en salles ce 6 novembre). Coup de projecteur avec le réalisateur, le lendemain, sur TSFJAZZ, à 13h30.

Partager l'article
Les dernières actus du Jazz blog