Anatomie d'un titre

Du lundi au vendredi à 21h
Manon Brimaud

Autumn Leaves - Itinéraire de feuilles mortes

Les feuilles mortes se ramassent peut-être à la pelle, mais plus encore, les feuilles mortes volent au vent, et font du voyage. 

Retour en juin 1945. Un an après la libération de Paris, l’art reprend ses quartiers dans les différents théâtres de la capitale. Et le 15 juin au soir, c’est au théâtre Sarah Bernhardt, place du Châtelet, que le public avait Rendez-Vous. Le Rendez-vous, c’est le nom du ballet dans lequel on a entendu pour la première fois cette histoire de feuilles mortes composée par Joseph Kosma. Cette première version était peut-être uniquement instrumentale, mais pour le réalisateur Michel Carné, présent dans la salle, c’est un véritable électrochoc. 

Un an plus tard, il utilise la chanson pour son film Les Portes de La Nuit, qui nous plonge dans une nuit parisienne au lendemain de la Libération. Pour le coup, Michel Carné veut des paroles. Il demande alors au poète Jacques Prévert - l’homme qui se cachait derrière l’argument du ballet original - qui couche sur papier toute la mélancolie d’un époque dans une métaphore devenue légendaire entre les souvenirs d’un amour mort et les feuilles mortes que l’on ramasse. Et pour l’interprétation, le jeune Yves Montand. 

Vous l’aurez compris, La chanson est indissociable du contexte d’après-guerre dans lequel elle prend vie. 

Et vous savez une autre chose qui est indissociable de l'après-guerre ? Le jazz, que les GIs états-uniens se mettent à distribuer aux français libérés, entre deux paquets de cigarettes ou boîte de chocolat... 

Yves Montand, Les Feuilles Mortes (Odéon - 1950)

Jo Stafford with Harold Mooney's Orchestra (Capitol - 1950)

Rogers Williams, Autumn Leaves (Kapp Recorsd - 1955)

Nat King Colen Sings for Two in Love (Capitol - 1956)

Ahmad Jamal, Marseille (Jazz Village / Harmonia Mundi - 2017)