Lundi 21 septembre 2026 par L'équipe TSFJazz

Centenaire Coltrane / De la note à la "nappe" (Épisode 3)

Crédit photo : Michael Ochs Archives/Getty Images

À l’occasion du centenaire de John Coltrane, TSFJAZZ revisite le parcours et l’univers du saxophoniste à travers plusieurs angles. Focus, à présent, sur ses fameuses « sheets of sound », ces « nappes de son » devenues l’une des signatures de son jeu.

 

Il est passé par Miles Davis, il repassera par Miles Davis. C'est entre ces deux points de jonction avec le légendaire trompettiste, de 1956 à 1958, que John Coltrane va tapisser le label Prestige de ses torrentiels « sheets of sound » , autrement dit ces fameuses « nappes de son » dont parlait le critique Ira Gitler dans les notes de pochette de Soultrane. Sorti quelques mois après Blue Train, le premier opus de Coltrane en leader chez Blue Note, l’album allie jaillissement, profusion, déferlement… Le saxophoniste explore les accords dans tous les sens, il multiplie les arpèges à une vitesse phénoménale, et il transforme les notes en grappes serrées et à haute ébullition. Un bouillon, en somme, mais certainement pas un brouillon. Écoutez plutôt Russian Lullaby, le morceau même à propos duquel Gitler emploie sa fameuse expression:


 

Mais les coulées de notes ne s’arrêtent pas là. Il y a aussi les « Coltrane changes », ces enchaînements d’accords qui font passer à toute vitesse d’une tonalité à une autre, parfois très éloignée. Cette géométrie vertigineuse et ces fameuses nappes plus frénétiques que "flottantes", Coltrane les pousse à leur paroxysme dans ce qui sera son manifeste, Giant Steps, enregistré en 1959 et paru l’année suivante chez Atlantic Records.

Des « sheets of sound » qui ne font cependant pas l’unanimité… À l’Olympia, à Paris, le 21 mars 1960, les longs chorus de Coltrane, qui accompagne alors Miles Davis, déclenchent autant d’applaudissements (ceux du regretté Gérard Brémond, notamment, ancien actionnaire de TSFJAZZ), que de sifflets, notamment à l'issue de l'un de ses solos sur Bye Bye Blackbird.

À l’entracte, Frank Ténot, co-organisateur du concert avec Daniel Filipacchi, vient voir le saxophoniste. "Je les comprends, répond Coltrane, ils me sifflent parce que je ne vais pas encore assez loin."

Épisode 1: John avant Trane

Épisode 2: Miles & Trane