Odyssée Coltrane/ Le musicien-monde (Épisode 4)
À l’occasion du centenaire de John Coltrane, TSFJAZZ revisite le parcours et l’univers du saxophoniste à travers plusieurs angles. Focus, à présent, sur son insatiable curiosité pour les musiques et les cultures du monde.
À la recherche de l’absolu musical à l’état pur et universel, la musique de John Coltrane devait forcément pulvériser les frontières du jazz américain. Dès 1961, sa discographie prend des allures d’atlas avec l’album Africa/Brass — dont la pochette se garde pourtant de toute imagerie « exotique » liée au continent africain —, puis Olé Coltrane, dont le titre espagnol ne dissimule pas vraiment l’inspiration ouest-africaine, à l’image de Dahomey Dance, magistral pont musical et mémoriel vers le Dahomey, l’actuel Bénin.
Rien à voir avec un quelconque tourisme musical. Il s’agit d’abord, pour Coltrane, d’élargir son propre langage en se liant avec de grands passeurs de culture : le percussionniste nigérian Babatunde Olatunji notamment, qui va fonder à Harlem un centre culturel africain où le saxophoniste donnera l’un de ses derniers concerts en avril 1967. John Coltrane a aussi entamé un dialogue fécond avec Ravi Shankar, le maître indien du sitar. Celui-ci lui explique les ragas, les cycles rythmiques… et Coltrane baptisera son fils Ravi.
Crédits photos : Ravi Shankar by Mark Goff / John Coltrane by Hugo van Gelderen / Anefo (Nationaal Archief NL)
Autre temps fort, la tournée au Japon, en 1966, et le recueillement au Parc de la Paix de Nagasaki, atomisée deux décennies plus tôt… Une ouverture au monde qui, pourtant, n’éloignait jamais Coltrane des blessures états-uniennes. Le 15 septembre 1963, quatre jeunes filles noires sont tuées dans un attentat raciste contre l’église baptiste de la 16e Rue, à Birmingham. Le musicien compose alors Alabama et Birmingham devient, dans la géographie coltranienne, l’épicentre d’un deuil sacré.