Anatomie d'un titre

Tous les jeudis à 21h
Manon Brimaud

DESAFINADO - Le désaccord qui met tout le monde d'accord

“Des chanteurs qui ne savent pas chanter.” 
“Une guitare qui bégaie.” 
“Une musique désaccordée”.

Voici ce qu’on pouvait entendre, dans les années 50, sur la bossa nova, cette “nouvelle vague” musicale qui naissait au 107 de la Rua Nascimento Silva à Rio de Janeiro. C’est là que vivait le compositeur Antonio Carlos Jobim, dans une maison aujourd’hui légendaire où défilaient quotidiennement le poète Vinicius de Moraes, le guitariste Toquinho ou encore le guitariste et chanteur João Gilberto. 

Nuit et jour, ils travaillaient à réinventer la samba, à en finir avec le chant démonstratif et théâtral, préférant une voix plus douce, voire plus fragile, posée délicatement sur des harmonies complexes, voire dissonantes. Et c’est sans doute de cette dissonance qu'est venue l’idée selon laquelle la bossa nova sonne faux. 

Sauf que ce petit côté doux-amer, cette sensation d’être dans un rêve, et surtout d’être sur la brèche perpétuelle d'une nostalgie qui se savoure et que l’on appelle la saudade. 

La dissonance, l’entre-deux, c’est justement toute la puissance de la bossa nova. Non seulement, c’est sublime, mais en plus, c’est réfléchi. 

Alors pour répondre à la critique, rien de mieux qu’un morceau. Un manifeste désaccordé : Desafinado…

Quincy Jones, Big Band Bossa Nova (1962 - Mercury Records)

George Michael ft. Astrud Gilberto, Red Hot + Rio (1996 - Verve) 

Paquito D'Rivera, Brazilian Dreams (2002 - MCG Jazz)

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