The Dog Stars
Tièdement accueilli, le nouveau Ridley Scott... Sa douceur élégiaque et sa traversée d'une certaine Amérique sous couvert de fable post-apocalyptique méritent pourtant largement le détour...
Il aura donc fallu attendre le cap des 88 ans pour que Ridley Scott rompe avec les blockbusters mastodontes et autres fresques épiques ou historiques qui ont fait sa réputation. The Dog Stars, c'est son repos du guerrier, sa pastorale aérienne (dans tous les sens du terme...) portée par de somptueux paysages, son odyssée contemplative, fût-elle traversée d'éclats de violence inhérents à l'arrière-plan survivaliste et post-apocalyptique qui sous-tend le film. La vieillesse n'est pas forcément un naufrage. Elle peut aussi relever du supplément d'âme.
Adapté d'un roman de Peter Heller, le récit débute à Denver, en 2035. Recouverte de végétation à la suite d'une pandémie, la cité offre un spectacle de désolation qui n'est pas sans rappeler La Route, de Cormac McCarthy. À ceci près que le héros (Jacob Elordi) est inséparable non pas de son fils, mais de son chien, Jasper, et de son avion, un Cessna propice aux excursions les plus dépaysantes. Après avoir repéré des produits de première nécessité et s'être recueilli dans son ancien domicile où il vivait avec sa femme disparue, le pilote regagne un aérodrome abandonné où l'attend un ancien militaire endurci (Josh Brolin). Solide amitié, mais philosophies de vie divergentes entre les deux compagnons d'infortune. Elordi veut rester humain ("porter le feu", écrivait McCarthy), notamment en rejoignant Grand Junction, une mystérieuse zone d'où il a capté un signal radio. Solitaire mais peinard, Brolin lui conseille au contraire de ne pas s'aventurer trop loin, alors même que des bandes dangereuses patrouillent dans les montagnes du Colorado.
On n'est pas prêt d'oublier le moment où ces rôdeurs isolés deviennent, tel un nid de frelons, une horde primitive et mutique qui déferle en pleine nuit sur l'aérodrome. Mais Ridley Scott sait aussi ménager d'autres effets, notamment quand, dans une ferme isolée, le pilote "porteur de feu" fait la rencontre d'une jeune femme (Margaret Qualley) retranchée avec son père (Guy Pearce, méconnaissable depuis Memento !) qui lui confie à quel point la musique lui manque depuis la pandémie. Un vieux lecteur, un casque, et une douceur folk emmènent alors le film dans une toute autre direction.
Cet instantané d'une certaine Amérique des pionniers ne résume pourtant pas à lui seul ce que le propos de The Dog Stars peut avoir de politique. Des Américains bien plus isolationnistes encore, et surtout passablement dégénérés, attendent de pied ferme nos héros à Grand Junction, ce terminal au glamour vitrifié — cocktails, vinyles et lounge d'époque — où règne une vieille sorcière eugéniste (la géniale Allison Janney) restée bloquée à l'époque de Sinatra. Fly Me to the Moon au milieu d'un désert de cendres, ça déchire, même si Ridley Scott, dans un final un peu précipité, repart en élégie. On lui pardonnera néanmoins ce penchant pour la bluette (et on préférait quand même Jacob Elordi dans le plus vénéneux Saltburn....) au terme d'un récit nimbé de spleen et de douceur de survivre.
The Dog Stars, Ridley Scott, en salles depuis le 26 août.