Lundi 20 juillet 2026 par Laurent Sapir

L'Odyssée

Après son très laborieux "Oppenheimer", Christopher Nolan retrouve un certain souffle et le sens de l'épopée visionnaire avec l'adaptation ambitieuse de L'Odyssée, d'Homère, sans dissiper pour autant les réserves que suscite sa filmographie en matière de poésie et d'émotion.

 

Cette fois-ci, on peut tenter la traversée. Définitivement épris, semble-t-il, d'une certaine monumentalité sur grand écran, Christopher Nolan a donc entrepris de redonner du sang neuf à la plus antédiluvienne des odyssées. Vieux de quelque 3000 ans, le long poème aquatique et fondateur d'Homère bénéficie d'un casting de choc: Matt Damon dans la peau d'Ulysse, Anne Hathaway en Pénélope toujours plus patiente dans l'attente du retour de son époux, ou encore Tom Holland dans le rôle de son fils, Télémaque. Robert Pattinson prête ses traits à Antinoos, le plus sournois des prétendants, tandis que Charlize Theron campe une Calypso plus accueillante que réellement envoûtante.

Trois heures durant, avec des caméras IMAX pour escorte, l'embarcation ménage son lot de grandes scènes. Confronté à l'effrayant cyclope et à la non moins dangereuse sorcière Circé qui transforme les compagnons d'Ulysse en pourceaux, Nolan se montre à la hauteur de ses ambitions formelles. Il sait surtout tracer un cap – la chute de Troie comme marqueur d'une crise de civilisation – et le tenir avec panache alors même que son héros voit peu à peu son étoile pâlir tout en s'interrogeant sur ses actes et son recours à la violence.

Nul doute à cet égard que l'image du fameux cheval de Troie à moitié submergé dans le sable, telle la statue de la Liberté partiellement ensevelie sur une plage dans La Planète des singes, marquera longtemps les esprits. Le parallèle avec le Prométhée du feu nucléaire qu'incarnait Oppenheimer, dévoré par sa propre conscience, fonctionne tout aussi bien, mais sans la facture inutilement tarabiscotée qui plombait le précédent film.

Restent quelques écueils récurrents chez Nolan en matière de poésie, d'émotion et de puissance d'âme. De quoi faire perdre un peu de souffle à son Odyssée lorsqu'elle entame sa dernière ligne droite avec le retour d'Ulysse parmi les siens. Manquera-t-il à jamais, dans cette filmographie pharaonique, un personnage aussi maladif et déchirant que celui de Guy Pearce dans Memento, le film qui a révélé Christopher Nolan à l'international ? Au regard de ses boursouflures les plus récentes, ce nouvel opus est heureusement plus généreux en cinéma pur, à l'image de l'enveloppante B.O. de Ludwig Göransson qui fait appel à des instruments aujourd'hui disparus pour donner au film toute sa saveur antique. D'Oppenheimer à L'Odyssée, Nolan aura ainsi évité de tomber... de Charybde en Scylla.

L'Odyssée, Christopher Nolan (en salles depuis le 15 juillet)