Les Échos du passé - Sounds of Falling
Nouant et dénouant les malédictions de plusieurs personnages féminins au fil du temps, la cinéaste allemande Mascha Schilinski signe une œuvre puissante et inclassable, même si elle a parfois tendance à se refermer sur elle-même.
Simples "échos" ou matière sonore spectrale pour évoquer des malédictions féminines à travers plusieurs époques ? Rebaptisé Les Échos du passé pour sa sortie française, le second long-métrage de la cinéaste allemande Mascha Schilinski n'y gagne pas forcément au change. Sounds of Falling avait plus d'allure à Cannes, où le film a décroché le prix du jury, ex aequo avec Sirat. La notion de chute, ou d’effondrements — réels, intimes, parfois imperceptibles — méritait d’être mieux restituée.
Reste la puissante odyssée à laquelle nous invite Mascha Schilinski. Elle a pour cadre une grande ferme où s'entrelacent les destins de quatre héroïnes, du début du XXᵉ siècle aux années 1970, puis jusqu’à nos jours, après la réunification. On y croise notamment Alma, une blondinette qui tente d’élucider la mort d’une autre enfant portant le même prénom qu’elle et lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Filmée sur un fond noir quasi pictural avec d’autres adultes à ses côtés, elle fixe soudain la caméra alors que la lumière glisse sur son visage comme sur une toile. Un autre personnage, plus âgé, capte l'attention : Angelika (Lena Urzendowsky), qui cherche à fuir un oncle incestueux comme son peuple tentera de fuir la RDA. Photographiée lors d’une fête de famille, elle n’est plus qu’une ombre évanouie sur le Polaroïd...
La fillette blonde qui nous scrute de manière inquiétante et la jeune femme éprise de liberté qui déjoue l’art du Polaroïd sont les deux faces d’une inventivité formelle souvent sidérante, même si le propos qu’elle porte nous échappe parfois. Privilégiant une trame non linéaire, la réalisatrice trébuche à l’occasion dans une certaine opacité, quand bien même sa caméra préserve un fascinant mélange d’âpreté et de sensualité. La longue gamme de désirs bridés au féminin, d’aliénations et d’humiliations plus ou moins brutales qui irriguent la projection peuvent aussi conférer à l’ensemble un caractère un peu trop programmatique. Il n’en demeure pas moins que, dans la famille Terrence Malick, on ne peut que saluer la petite dernière.
Les Échos du passé - Souds of Falling, Mascha Schilinski, prix du jury ex aequo à Cannes, en salles depuis le 7 janvier.
Crédits photo: Fabian Gamper - Studio Zentral