La Gradiva
On aurait voulu l'aimer davantage, ce premier film de Marine Atlan qui, au travers d'un voyage scolaire à Pompéi, traque avec justesse et délicatesse mais non sans affèterie un certain état de l'adolescence.
De quoi l'emballement critique autour de La Gradiva, premier long-métrage de Marine Atlan, est-il le nom ? Une première réponse pourrait tout de suite venir à l'esprit : à l'heure où le mouvement lycéen et ses déflagrations collatérales symptomatisent le crépuscule macronien, voilà un récit qui a justement pour héros des latinistes de terminale. On y parle, qui plus est... de Parcoursup ! Il reste qu'à Cannes, où La Gradiva a d'abord été présenté en section parallèle, l'enthousiasme était déconnecté de l'actualité, et il n'a pas seulement concerné la critique française.
Tant de justesse, à vrai dire, tant de sensibilité et de délicatesse, tant de vérités par ailleurs sur les incertitudes du désir adolescent dans un cadre aussi joliment référencé — Pompéi et ses antiquités — ne laissent pas indifférent. La texture visuelle de l'ensemble (Marine Atlan a d'abord fait le buzz comme cheffe opératrice...) participe également de cette séduction. Reste à questionner l'assemblage de toutes ces vertus, et d'ailleurs, un film vertueux est-il forcément un grand film ?
On se pose la question parce que, théoriquement, tout devrait faire alchimie dans ce jeu de billard à trois tendres bandes entre Toni, James et Suzanne, les principaux protagonistes d'un voyage scolaire à Naples qui va tourner au drame. Sous la conduite d'une prof sensible, mais pas toujours lucide quant aux états d'âme de ses élèves (Antonia Buresi, toute en humanité et en fêlures...), le trio s'aventure sur les rivages du je t'aime moi non plus, et à finalement peu de distance des corps que le Vésuve a figés pour l'éternité, les cœurs s'emballent. Celui de Toni, notamment, jeune gay et boule d'énergie qui ne jure que par le récit légendaire de sa grand-mère napolitaine, rescapée d'un tremblement de terre en 1980.
Pompéi, les vestiges, le séisme, le passé familial enfoui qui n'est pas celui qu'on croyait, mais aussi l'éveil queer au miroir d'une ancienne domination sexuelle et sociale, et on revient là au personnage de la grand-mère... On touche là au "programme idéal" d'un certain cinéma d'auteur contemporain culturellement distingué et moralement irréprochable, avec tout le tralala esthétisant autour, à ceci près que ce programme s'enraye dans des mouvements par trop emmêlés : naturalisme et poésie, sociologie et romantisme, atmosphère suspendue et coup de force scénaristique final, jusqu'à rompre sans finesse l'illusion d'un récit qui faisait semblant de ne pas en être un. Il lui manque peut-être un peu de boue, à ce film... ou alors un grain de folie, ou plutôt le grain de dramaturgie qui rendrait les lycéens de La Gradiva autrement plus passionnants. Chez Marine Atlan, leur formidable présence à l'écran ne dépasse pas le stade des promesses.
La Gradiva, Marine Atlan, Grand prix de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, en salles depuis le 21 octobre.