Anatomie d'un titre

Du lundi au vendredi à 21h
Manon Brimaud

King Porter Stomp - On n'arrête pas le progrès

Ça avait l’air assez dingue le tournant du XXe siècle. L’époque de tous les possibles et des brevets industriels : le gramophone, l'automobile, et même la TSF. Bref, j’imagine que c'est à ce moment-là qu’on commence à dire des trucs comme “on arrête pas le progrès” et qu’on s’acharne à poser les bases du monde moderne. 

Alors dans le jazz, musique du rêve américain, c’est pareil. Partant du blues, du gospel et des marches militaires, les musiciens, à commencer par les pianistes, se mettent à inventer…

En 1906, c’est le sacre officiel de la main gauche avec le ragtime (littéralement “temps déchiqueté”). Un dérivé de la marche militaire avec un petit côté syncopé, comme si le soldat se mettait à danser. 

En arrivant à Harlem, le ragtime se transforme en stride. Littéralement “enjamber” en anglais, ce que faisait déjà la main gauche dans le ragtime : enjamber la basse pour retomber sur l’accord, à la seule différence qu’on y ajoute de l’improvisation, de la liberté et de la créativité.

Gardez les mêmes ingrédients, répartissez-les en différente s voix des fanfares de la Nouvelle Orléans et vous obtenez le Dixieland ou Hot Jazz avec son lot de grands solistes, à commencer par Louis Armstrong. L’autre grande différence entre le stride et le dixieland, c’est le rythme. Si le stride enjambe, le Dixieland marche tout droit, en marquant bien chaque temps. 

Et c’est à ce moment-là qu’apparaît le Stomp... 

Jelly Roll Morton, King Porter Stomp (Vocalion - 1926)

Fletcher Henderson, King Porter Stomp (Columbia - 1928)

Benny Goodman, King Porter Stomp (Victor - 1935)