Vendredi 25 septembre 2026 par Laurent Sapir

Les roches rouges

Bruno Dumont ou l'enfance de l'art... Dans son très épuré Les Roches rouges, le cinéaste magnifie sous un ciel azur les déambulations aquatiques et amoureuses d'une bande de gamins souverains de liberté.

 

Pour un cinéaste souvent associé aux paysages du nord, le contraste est radical : le soleil, la mer, le massif de l’Esterel et son côté Grand Canyon... Même ce petit train presque miniature qui traverse régulièrement le viaduc d’Anthéor, tout près de Saint-Raphaël, il embellit le décor. C'est Bruno Dumont qui nous offre ainsi, avec Les Roches rouges, un nirvana pictural. Encore une embardée dont il est coutumier dans une filmo décidément intenable. Tour à tour mystique, austère ou burlesque, celui qui faisait chanter du Charles Péguy sur de l'électro-metal dans Jeannette semble avant tout vouloir préserver son don essentiel : il surprend en permanence.

Au cœur de ce nouveau récit ciselé comme on compose un haïku, des roches rouges d'origine volcanique, et des gamins hauts comme trois pommes qui s’amusent à sauter du haut de ces roches. C’est dangereux, escarpé, mais pour Géo, le tout jeune héros, un petit blondinet d’à peine cinq ans dont les mimiques futées et grimaçantes rappellent certains visages familiers au cinéaste, tout n’est qu’amour et eau fraîche. Car comment résister à Chloé, une fillette de la bande d'en face ? Au milieu des rivalités et des jeux d’été en mini-quad, Dumont épure et transcende les petits riens d’une romance enfantine. Alternant cadrages serrés et plans larges, il joue sur les échelles et tutoie la grâce, même si on ne sait quelles ombres sataniques, qui l'ont toujours taraudé, planent ici et là. Ces gamins qui veulent du mal à Géo, par exemple. On les croirait tout droit sortis du film Le Village des Damnés.

Le volet documentaire du film n'est pas le moins passionnant. En recherche constante d'alchimie, la caméra ne cesse de traquer le "vrai du vrai", jusque dans ce qui affleure fugitivement à travers telle ou telle expression de visage. On perçoit parfois des directions de jeu, mais sans que cela ne nuise pour autant à la spontanéité qui irrigue le film. Fraîcheur, poésie et liberté entre ciel et mer suffisent à combler les pointillés d'un récit relativement ténu. Une autre référence, enfin, surgit à l'esprit : à hauteur d'enfants mais dans un registre plus grave, un cinéaste français a su lui aussi, autrefois, allier profondeur et vivacité. Le film s'appelait Ponette. On conçoit que le nom de son auteur n'est plus trop prononçable aujourd'hui, mais il est difficile, en découvrant Les Roches rouges, de ne pas penser à Jacques Doillon.

Les Roches rouges, Bruno Dumont (en salles depuis mercredi). À suivre sur TSFJAZZ, "Plein cadre", ce vendredi 25 septembre, à 8h30.