Marty Supreme
Une vraie tête à claques, ce pongiste new-yorkais. Heureusement, la métamorphose de Timothée Chalamet, superstar du moment, permet à "Marty Supreme" de remporter la mise.
Raquettes en folie dans le New York des années 50… Côté ping pong, en l’occurrence, puisqu'il s'agit d'évoquer l’odyssée survitaminée de Marty Mauser, prêt à tout pour devenir champion du monde et échapper à son sort de vendeur de chaussures. L'entrée en matière a pourtant le don de rebuter, tant le bonhomme apparaît immature, roublard, et aussi pathétique que certains personnages masculins chez Billy Wilder — même si, chez Wilder, ils sont souvent sauvés par une tristesse sous-jacente. Rien de tel, ici, à tel point que l'idée de passer 2h30 avec pareil hurluberlu nous donne envie de quitter la salle illico. Sauf que Marty Mauser a au moins un mérite : celui d’être interprété par Timothée Chalamet.
On a suffisamment rechigné face à cet acteur (Call Me By Your Name, Les Filles du Docteur March, Un Jour de pluie a New York, Un Parfait inconnu...) pour ne pas relever, a contrario, la performance qu’il accomplit dans ce film, et plus précisément encore sa métamorphose quasi iconique dans la peau grêlée d’un tchatcheur de première, binoclard fluet à la fine moustache. Même la très classieuse Gwyneth Paltrow, qui joue une actrice sur le retour, s’y laisse prendre.
Et ça passe ! Et elle nous emporte, cette nouvelle montée d’adrénaline mitonnée par Josh Safdie qui, même séparé de son frère, n’a rien perdu de son énergie. Au gré d’une mise en scène aussi tempétueuse que celle d'Uncut Gems, les raquettes voltigent, comme les obstacles sur le parcours du pongiste qui s’y croit, jusqu’à affronter en terre japonaise un champion national. Éclairées comme dans un match de boxe et reléguant dans la pénombre tout ce qui leur est extérieur, les séquences de compétition sont d’autant plus bluffantes qu’elles ne monopolisent pas l’intrigue, loin de là — même si l’on se serait volontiers passé de certaines tribulations canines autour d'un mafieux campé par Abel Ferrara…
Foin d’avanies. Malgré la légèreté de l’ensemble et sa frénésie systématique, l’odyssée est rudement bien fichue, arrimée à un humour juif new-yorkais déjà à l’œuvre, là encore, dans Uncut Gems. Tout aussi succulentes, ces collisions musicales en mode friandises entre l’ambiance « vintage » du récit et quelques gros tubes des années 1980. On n’a guère le temps, en revanche, de se demander si le recyclage d’une formule efficace ne cacherait pas une éventuelle panne d’inspiration. Ça va tellement vite, une partie de ping-pong…
Marty Supreme, Josh Safdie (sortie en salles ce 18 février)