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BB KING

Vous êtes de la famille ?

Quand une plaque commémorative devient propice à une quête à la Modiano... François-Guillaume Lorrain signe un récit gorgé de souffle et de sensibilité.

Il y a un martyr de trop rue Monsieur-le-Prince. Celui qui monopolise les mémoires, plaque commémorative gravée au sol, "madeleine au goût amer des années 1980" comme l'écrit le romancier et journaliste au Point François-Guillaume Lorrain, c'est Malik Oussekine, tué par la police parisienne lors des manifestations étudiantes de 1986. Mais Jean Kopitovitch, "patriote yougoslave tombé sous les balles allemandes", qui le connaît ? Il a pourtant sa plaque, lui aussi, dans cette même rue qui lui aurait été fatale, un certain 11 mars 1943...

La date flotte étrangement. Les morts par balles, c'était surtout à la Libération, pas en 1943. Il n'en faut pas d'avantage pour intriguer l'auteur, d'autant que ce fameux Kopitovitch, dés ses premières recherches, lui apparaît telle une ombre. Ça tombe bien, François-Guillaume Lorrain a toujours aimé les ombres, en souvenir, peut-être, de ces gamins-stars tombés dans l'oubli dont il évoquait la gloire éphémère dans Les Enfants du cinéma. Même curiosité de sa part pour les délaissés, à l'instar d'Anna Magnani réduite elle aussi à l'état d'"ombre" quand Rossellini lui préférait Ingrid Bergman, ainsi que le relatait l'auteur dans L'Année des volcans.

Et ce "Kopito" alors, puisqu'il est ainsi surnommé au fil du récit, de quel jeu d'ombres est-il le nom ? Armée des ombres ou des demi-ombres ? "Terroriste" façon Affiche Rouge ou alors simplement "mêlé à un attentat", comme le relève un troublant document de la préfecture de police de l'époque ? D'une paperasse à l'autre, les archives ne font pas de cadeau. Parfois, c'est l'impasse, des "débuts prometteurs qui tournent court", des "portes qui s'ouvrent sur des pièces vides"... 

Le puzzle, pourtant, prend forme: la Première guerre mondiale, l'exode, l'aventure des lycéens serbes en France du temps où les Serbes étaient les migrants préférés des Français, et puis la solitude du petit employé d'assurances au profil de Passe-Muraille qui craint bientôt de ne plus avoir de papiers à l'arrivée des Allemands... Aussi balkanisé que balkanique, le camarade Kopito. De quoi irriguer, dans l'esprit de celui qui reconstitue son odyssée, une quête à la Modiano, comme si l'auteur pourchassait d'abord son double -ou son fantôme- à travers ce "Serbe errant" aussi introverti que lui.

"Les morts m'ont toujours paru un peu plus vivants que les vivants", écrit François-Guillaume Lorrain. Même topo pour les amours de jeunesse, peut-être les plus tenaces. À l'ombre de Lydia, l'ex-petite amie qui vient faire contrepoint au travail de l'enquêteur, Kopitovitch devient espace de retrouvailles, "zone mixte". Il fait écran. Il permet d'éviter les sujets qui fâchent. Déjà si haletante, hantée par ce "passé indécidable" qui constitue parfois le sel du présent, la trame touche dés lors autant le cœur que l'esprit. Et elle n'est jamais à côté de la plaque.

Vous êtes de la famille ?, François-Guillaume Lorrain (Flammarion). Coup de projecteur avec l'auteur sur TSFJAZZ, lundi 11 mars (13h30)

 

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