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The Irishman

Œuvre-somme de Martin Scorsese sur laquelle Netflix a réussi l'OPA de l'année, "The Irishman" rompt splendidement avec la mythologie survoltée des films de mafia. En bonus, un duo d'anthologie entre Robert De Niro et Al Pacino.

Que font les spectres de Martin Scorsese lorsqu'ils ne s'entretuent pas ? Débranchés de ce qui les rendait autrefois si survoltés, empâtés quand seuls les visages sont numériquement rajeunis, relégués dans les petites lucarnes de Netflix alors que les grands studios préfèrent désormais financer les films de super-héros, il ne leur reste plus, peut-être, qu'à échanger entre eux un sourire aussi triste que celui d'Al Pacino à Robert De Niro

Mafia, mode d'emploi. Ou plutôt de désemploi. De Mean Streets à Casino, en passant par Les Affranchis, Martin Scorsese les a pourtant tellement fait pulser, ces caïds de Little Italy. Et voilà qu'un travelling inaugural cerne l'un d'eux en EHPAD, De Niro sur fauteuil roulant dans la peau de "L'Irlandais" -The Irishman- ex-tueur à gages remontant le fleuve de ses souvenirs avant que sa fille ne lui adresse plus la parole. Sous la direction d'un parrain local auquel Joe Pesci prête la plus douce des cruautés, il devient l'ami puis le bourreau de Jimmy Hoffa (alias Al Pacino), le puissant patron du syndicat des camionneurs mouillé avec la Mafia et mystérieusement disparu en 1975.

Ce long long way (3h29) qui n'aurait pas démérité en format série, la palette "scorsesienne" le dilue dans un camaïeu de retours en arrières subtilement emboîtés et doublé d'un autre fil "conducteur", si on peut dire, puisqu'on voit régulièrement dans le film un De Niro déjà plus tout jeune au volant, avec Pesci et leurs compagnes respectives en route pour un mariage. Pauses cigarette, pneu crevé, bifurcations... Le road movie paraît rouillé de l'intérieur, à l'instar d'une fresque aussi sèche que les meurtres qui la jalonnent. Les flingues se dégainent salement dans The Irishman, sans la moindre arabesque stylistique (on est si loin du faussement survitaminé Loup de Wall Street...), jusqu'à rejoindre au fond de l'eau un cimetière de revolvers.

Et pourtant, si défraîchie soit-elle en apparence, cette odyssée du crime qui surfe aussi sur des moments forts de l'Histoire (Cuba, JFK à Dallas, le Watergate...) ne sombre jamais dans la dévitalisation. Du Tuxedo Junction de Glenn Miller au thème de Touchez pas au Grisbi, la B.O y est pour beaucoup. Plus décisive encore, la prestation d'anthologie d'Al Pacino, crapule bienveillante portant le pyjama avec une classe indéniable. Qu'une telle légende rejoigne enfin le clan Scorsese dans un moment cinématographique aussi crépusculaire, au côté de cette autre légende qu'est Robert de Niro et avec à la clé des moments dingues d'humanité, n'est pas la moindre vertu d'un film aussi accompli.

The Irishman, Martin Scorsese (Sur Netflix depuis le 27 novembre)

 

 

 

 

 

 

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