L'Affaire Laura Stern
Une femme franchit la ligne rouge pour empêcher de nouveaux féminicides. Elle s'appelle Laura Stern. Au-delà du débat sur la légitimité de son geste, la série que France 2 va bientôt diffuser raconte surtout un engrenage dont Valérie Bonneton capte toutes les secousses.
Deux morts sans ordonnance. Dans L'Affaire Laura Stern, Valérie Bonneton campe une pharmacienne au-dessus de tout soupçon, sauf lorsqu'il s'agit de se débarrasser de maris violents. Aux deux cas bien différents exposés dans cette mini-série s'en ajoute un troisième. Mais là, c'est un accident : il n'y a pas préméditation. Quoi qu'il en soit, parce que la police et la justice ne font pas leur travail — et peut-être aussi parce que Laura Stern s'est trop investie dans la défense des femmes victimes au sein de l'association qu'elle pilote dans l'arrière-boutique de sa pharmacie — elle finit par franchir le Rubicon.
Reste à en cerner la source, à savoir un trauma aussi épouvantable qu'initiatique : Laura Stern et ses sœurs de combat ont tenté en vain de protéger Audrey, menacée par son mari. Lorsqu'il s'est présenté aux abords de la pharmacie malgré une mesure d'éloignement, les policiers n'ont pas daigné intervenir. Les femmes de l'association ont alors escorté Audrey en l'entourant de leurs bras pendant qu'elle partait chercher son enfant à la crèche. Mais le mari a surgi. Il a réussi à faire sortir la jeune femme du groupe avant de la tuer de plusieurs coups de pistolet. Sèche et flippante, travaillant au corps tout ce qu'un fléau peut avoir d'irrémédiable, la séquence est à l'image de la série.
Deux mouvements la rythment. En premier lieu, la prise de conscience par Laura que si elle n'agit pas radicalement, d'autres femmes vont connaître le sort d'Audrey. À commencer par Camille, la prof d'université sous emprise. Son mari lui balance des horreurs en épluchant des clémentines. Lentement, insidieusement. "Tu n'es plus bonne à rien, ma pauvre… " Juste avant d'être victime d'une crise cardiaque suspecte, il confie à la pharmacienne que son épouse est comme une voiture qu'il faut changer "lorsqu'elle ne marche plus". "Alors, vous l'emmenez à la casse ?", lui demande Laura. Et lui de répondre : "Pas besoin, elle y va toute seule…"
L'autre mouvement est de l'ordre du retrait. Comme si quelque chose s'était vidé en Laura. Sa famille, et plus précisément son mari — pas si "déconstruit" qu'il en a l'air — en font les frais. Ses meurtres ne la soulagent en rien, malgré une passade avec un brave flic (Samir Guesmi). C'est d'ailleurs son incapacité, désormais, à communiquer naturellement avec autrui qui la conduit à se livrer à la police. Arrachée au registre de la comédie, Valérie Bonneton impose un renoncement à soi d'une rare intensité. Même justesse de ton lorsqu’un degré d’affolement ou d’hébétude un peu trop appuyé dans son regard laisse place, lors du procès, à la détenue résolue.
Le récit imaginé par Frédéric Krivine et Marie Kremer compense lui aussi deux ou trois lourdeurs dans les dialogues pour mieux nous saisir jusqu'à son dénouement implacable, avec en renfort un beau travail de mise en scène et de montage d'Akim Isker. Sa caméra est au plus près des douleurs, des confrontations et des visages. Celui de Pauline Parigot, désespérément debout dans la peau de Camille alors que tout semble l'entraîner vers le fond, n'a pas fini de nous hanter.
L'Affaire Laura Stern, mini-série en quatre volets de Akim Isker. Diffusion sur France 2 à partir du 11 mars. Accessible sur les plateformes HBO Max depuis le 22 janvier et France.tv depuis le 19 février.