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C'EST SI BON
LOUIS ARMSTRONG

Poussière dans le vent

Le mardi 14 septembre 2021, par Laurent Sapir
Terne saga... Avec "Poussière dans le vent", Leonardo Padura étire en mode feuilletonesque les épreuves de toute une génération d'enfants de la révolution cubaine.

"Qu'est-ce qui nous arrive ? ", ne cessent de répéter les personnages de Poussière dans le vent. On serait tenté de retourner la question à l'auteur du roman. Qu'est-il arrivé à Leonardo Padura, fantastique conteur d'une mélancolie cubaine ancrée jusqu'ici dans la tectonique des genres ? Polar, chronique politique, épopée historique... On l'a tant aimé, avec ou sans son enquêteur préféré, Mario Conde, dès lors qu'il racontait Cuba au miroir de ses bifurcations, sur les traces de TrotskyRembrandt, ou encore d'une mystérieuse Vierge noire comme c'était le cas dans La Transparence du temps.

Et voilà que cette dextérité s'affadit dans la chronique sur plusieurs décennies d'une bande d'amis autrement plus ternes que les protagonistes de Retour à Ithaque dont Laurent Cantet avait si bien filmé les retrouvailles. Autour de Clara, qui tente de survivre à l'effondrement économique de son pays dans les années 90, c'est toute une litanie d'insouciances perdues, d'idéaux salis et d'exils amers que brosse Padura sans vraiment renouveler le regard, y compris lorsqu'il centre sa focale sur un autre personnage féminin majeur, Elisa, l'indomptable mascotte du groupe qui disparaît du jour au lendemain, enceinte jusqu'au cou.

Plombés de stéréotypes, la plupart de ces personnages peinent à nous emporter à l'exception peut-être de Ramsès, le fils aîné de Clara, personnage plus tendu (plus lucide, également...) que la génération précédente et moins enclin à ce sentimentalisme mou qui imprègne l'ensemble du récit. Les pseudo-coups de théâtre censés relancer et conclure cette longue trame ne font guère plus illusion, surtout lorsqu'on saisit les raisons pour lesquelles Elisa a soudainement plié bagage.

Quand elle n'achoppe pas, enfin, sur des lourdeurs surprenantes, l'écriture s'avère parfois embarrassante. Quel sens faut-il donner à ces formules répétées genre: "L'obscurité génère toujours de l'obscur " ? Une bien étrange nuit, effectivement, recouvre le spleen habituellement si lumineux de Leonardo Padura. Même la traditionnelle gorgée de rhum cubain qui ponctue souvent ses récits perd un peu de son arôme. Misère de mojito...

Poussière dans le vent, Leonardo Padura (Editions Métailié)

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