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ERROLL GARNER

Le retour de Rabbi Jacob...

Louis de Funès et son "diapason toujours au bord de la syncope"... Surtout sur grand écran, et grâce à Carlotta Films qui a eu la belle idée de restaurer "Les Aventures de Rabbi Jacob"...

"Attendez, j'vais le doubler ! J'vais le tripler !"... Louis de Funès en roue libre -et en double file- dans Les Aventures de Rabbi Jacob, de Gérard Oury. "Monsieur ne veut pas que je prenne le volant?", ose Salomon, le chauffeur pas très "catholique" que son patron a éjecté du siège conducteur pour ne pas être en retard au mariage de sa fille. Il est atterré, le chauffeur, mais quelques minutes plus tard, l'effarement change de visage: "Dites-moi, Germaine, vous étiez au courant ? Salomon, il est Juif"...

Comme le bon vin, les "rabbinades" de Victor Pivert, ce patron grand-bourgeois gangréné par les préjugés de son camp, se bonifient avec l'âge. Si La Folie des Grandeurs en est l'épiphanie, la filmographie de Gérard Oury vole également très haut avec ce film qui vaut déjà rien que par sa séquence d'ouverture, à Brooklyn, lorsque le vrai Rabbi Jacob s'apprête à gagner Paris pour assister à la Bar mitzva de l'un de ses protégés. "Rues colorées, vivantes, insolites; jets d'eau que les enfants font jaillir vers le ciel en dévissant les bouches à incendie... surprenant contraste entre une tradition séculaire et l'Amérique d'aujourd'hui", observe le réalisateur dans son autobiographie...

L'usine à chewing-gum, la danse échevelée rue des Rosiers... Le rythme ne faiblit pas malgré un final un peu lourdingue qui tente de parodier l'esprit comédie musicale. Ceci étant, la chevelure rousse de Miou-Miou, ça en jette ! Le reste du casting comporte son lot de surprises: avant d'incarner l'un des rejetons de la famille Bettoun dans Le Grand Pardon, le tout jeune Gérard Darmon campe un homme de main maghrébin. Henri Guybet, en revanche, n'est pas Juif, contrairement à son personnage de chauffeur. Marcel Dalio et Popeck, eux, sont en phase avec leurs personnages, tout comme Suzy Delair, alias Mme Pivert, 30 ans après son voyage à Berlin.

Et lui qui, après coup, confiait à quel point cet hymne à la tolérance entre Juifs, Catholiques et Musulmans lui avait "décrassé l'âme" au regard de quelques stéréotypes affligeants... Nul doute que sur grand écran, et en copie restaurée 4K, le génie de Louis de Funès devrait faire encore plus de ravages. Cet imaginaire déformant d'une certaine "francité" déployée en mode veulerie, ces chorus de folie de la part de l'ancien pianiste de cabaret qui ne jurait que par Erroll Garner et Oscar Peterson, ou encore ce "diapason toujours au bord de la syncope", comme le formule si joliment Alain Kruger, commissaire d'une exposition très attendue -quoiqu'en disent quelques grincheux groupusculaires- au printemps prochain à la Cinémathèque... Ne touchez pas, pitié, ne touchez pas à notre Louis de Funès.

Les Aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury (1973). Reprise en salles (Carlotta Films) depuis hier, mercredi.

 

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