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Héritage

Le mercredi 21 octobre 2020, par Laurent Sapir
Saga chilienne mâtinée d'un réalisme magique à la Garcia Marquez, "Héritage", de Miguel Bonnefoy, paraît rencontrer son public en cette rentrée littéraire. Le roman ne tient pourtant pas toutes ses promesses.

Un bain parfumé de fleurs de bleuet et de coriandre, le fantôme d'un soldat allemand de la Première guerre mondiale, un guérisseur mapuche visiblement immunisé contre le temps qui passe, des oiseaux qui ne se cachent pas pour mourir... Un réalisme magique que n'aurait pas désavoué Gabriel Garcia Marquez imprègne peu à peu les chapitres d'Héritage, roman haut en couleur que le Franco-Vénézuelien Miguel Bonnefoy a dédié à son père, un réfugié chilien torturé sous Pinochet

A la manière d'un conte, l'auteur convoque l'imaginaire du lecteur à travers une saga familiale qui débute au début des années 1900 avec l'exode d'un vigneron du Jura ruiné par le phylloxéra. Rêvant de Californie, il est contraint d'accoster au Chili pour raisons de santé. Ainsi germe une lignée d'exilés qui n'oublieront jamais d'où ils viennent. Lazare, le premier descendant, participe ainsi à la guerre 14-18 au sein des troupes françaises avant de se lancer dans la fabrication d'hosties de retour au Chili. Margaux, sa fille, rejoindra elle aussi, en tant qu'aviatrice, le continent européen lors du conflit qui suit. C'est justement ces lointaines origines françaises qui vont sauver Ilario, le petit-fils devenu militant de gauche, lorsque la junte militaire prend le pouvoir en 1973.

Des personnages souvent poignants entourent cette généalogie, à commencer par Hector Bracamonte, le fidèle bras droit du vieux Lazare qui transforme l'entreprise familiale en semblant de coopérative sans jamais oublier cette "tendresse ouvrière marxiste" qui lui sera fatale, personnage qui fait aussi écho à un autre "sacrifié", l'ami juif de Margaux qui construit avec elle un avion en plein jardin. D'où vient, dès lors, ce sentiment mitigé au terme d'un roman aussi haletant ?

Du fait que le baroque ne tient finalement qu'à ses arômes tel un saupoudrage, si subtilement parfumé soit-il ? D'une écriture dont la fluidité et la luminosité paraissent parfois trop sages ? D'un mélange pas toujours opérationnel entre roman familial et escapades vers une ambiance plus surréelle ? De procédés souvent agaçants, comme l'incidente spoilant à moitié ce qui va advenir plus tard dans le récit ? Miguel Bonnefoy sait manifestement emporter son lecteur, mais sa belle évocation de l'âme chilienne aurait mérité plus de souffle.

Héritage, Miguel Bonnefoy (Editions Rivages)

 

 

 

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