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Arab Jazz

Le lundi 14 mai 2012, par Laurent Sapir

Perplexité, au départ. Surtout après avoir feuilleté quelques pages d' "Arab Jazz" et constaté que ça parle de tout sauf de jazz. Le buzz aidant, on y revient. Et là, l'évidence. On n'avait pas entendu, au premier "teasing", la voix déchirante de Dinah Washington, pas plus qu'on n'avait capté  la référence à James Ellroy expliquant que "White Jazz" - l'un de ses romans les plus célèbres- ça signifie grosso modo "coup tordu monté par des blancs".

Coup tordu monté par des arabes, le meurtre de Laura Vignola, au coeur du très métissé 19ème arrondissement de Paris ? La scène du crime -on vous passe certains détails- le laisserait à penser. Le scénario va s'avérer, en vérité, plus complexe, à l'image de la richesse d'âme qui habite les personnages principaux, à commencer par Ahmed Taroudant, le voisin de la victime, vrai-faux suspect No 1 avec son drôle de nom et ses tendances autistes. Il a une très belle tirade, le voisin lunaire, face aux deux lieutenants venus l'interroger: "Les flics sont comme tout le monde, non ? Ils se racontent des histoires. Comme si le monde n'était pas vraiment aussi dur"...

Propos reçu cinq sur cinq par les deux flics en question, Rachel Kupferstein et Jean Hamelot. Elle vient d'une famille ashkenaze, il est fils de communiste breton. Ils ont tous les deux fait des études de cinéma avant d'atterrir dans la Crim'. Leur méthode ? L'empathie, l'intuition, la déambulation... "Arab Jazz" se refère peut-être à Ellroy, mais pour son premier opus aux éditions Viviane Hamy, Karim Miské s'avère surtout être le nouveau petit frère de Fred Vargas. Dans la vraie vie, ce réalisateur franco-mauritanien  a aussi comme frangine la pianiste Leïla Olivesi.

La pulsation du récit s'en ressent, à la mesure d'une construction haletante qui voit surgir des fous de Dieu à chaque carrefour (et pas seulement des salafistes), un groupe de rap multiconfessionnel, une pastille bleue qui traverse les frontières ou encore des hommes de l'ombre dont les motivations n'ont vraiment rien de céleste... De quoi se réconcilier avec le genre polar dans ce qu'il peut avoir de moins "industriel", comme le note si malicieusement l'un des personnages du livre.

"Arab Jazz", de Karim Miské (Editions Viviane Hamy) Coup de projecteur avec l'auteur, mardi 22 mai, sur TsfJazz (7h30, 11h30, 16h30)

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