Stan Getz & Eddy Louiss at Ronnie Scott's - 1970
« Ce qui advint s’avéra unique et je décidai de faire connaître ces musiciens au reste du monde. »
Voici le genre de projets dans lesquels se lancent Stan Getz quand il prend une année sabbatique. Attendez, je vous explique.
En 1969, le saxophoniste s’installe à Malaga, en Espagne, histoire de se mettre au vert pendant un an, passer du temps en famille et loin de la drogue. Comme beaucoup d’anciens addicts, c’est dans le sport que Stan Getz trouve un peu de réconfort. Dans le tennis particulièrement. A tel point qu’en 1970, il passe le tunnel sous la Manche pour se rendre à Roland Garros.
Mais une fois dans les environs de la capitale française, il n’a pas pu résister à aller écouter un peu de jazz. A revenir là où il avait établi ses quartiers au tournant des années 60 : le Blue Note, rebaptisé entre-temps l’Apollo. Dans le livret de l’album, Getz ne cache pas qu’il y allait un peu en traînant les pieds.
“Je m’étais laissé dire que le jazz en France était mort et, en effet, le club était presque vide. Mais lorsque je suis entré, je suis resté bouche bée. J’entendais là un jazz qui swinguait méchamment, où chacun jouait comme en immersion profonde.”
Devant lui, trois musiciens français, parmi les plus flamboyants de leur génération. Mais encore une fois, c’est Stan Getz qui en parle le mieux.
A l’orgue Hammond Eddy Louiss, que Getz décrit comme “un volcan de talent et puissance toujours prêt à entrer en éruption sitôt stimulé par le séisme adéquat.”
A la guitare, René Thomas, présenté quant à lui comme “un esprit charmant combiné à une poésie insouciante et habitée par le feu tellurique manouche.”
Et pour finir, Bernard Lubat (premier prix de percussion classique du Conservatoire de Paris) à la batterie dont Getz parle comme un être “capable de toute la flexibilité nécessaire pour faire advenir la musique que j’avais à l’esprit. Et vous savez que je n’ai pas la réputation d’être indulgent.”
En résumé, trois français qui s’amusent devant une salle vide. Et un saxophoniste américain qui se prend la claque de sa vie.
“Je suis rentré à Malaga en gardant dans l’oreille cette musique, trouvant désolant que les foules ne s’intéressent qu’aux artistes américains de renom sans tenir compte de la qualité de la musique.”
Quelques allers-retours plus tard et deux / trois répétitions plus tard, et ce quartet franco-américain flambant neuf était prêt à rencontrer le monde. Et j’insiste sur le mot quartet, parce-que c’est une équipe. Le projet de Stan Getz n’était pas d’utiliser trois génies ignorés du jazz français pour se mettre en valeur, mais au contraire, d’utiliser sa notoriété pour faire découvrir le groove unique du trio Louiss-Thomas-Lubat.
Dans leur valise pour leurs premiers concerts ensemble, sur la scène du Ronnie Scott’s de Londres au mois de mai 70, uniquement des compositions des trois français.
Rendez-vous dès 21h sur TSFJAZZ!
Stan Getz & Eddy Louiss, Dynasty (Verve Records - 1971)
Stan Getz - saxophone
René Thomas - guitare
Eddy Louiss - orgue
Bernard Lubat - batterie