Sonny Rollins, c'était aussi un souffle moral...
Au soir de sa vie, Sonny Rollins (1930-2026) semblait jouer une autre partition : celle du recul, de la nuance et d’une sérénité qui forçait l'admiration, notamment lorsque le “colosse du saxophone” avait offert au "New Yorker" une parole sublimement respirable.
Sonny Rollins est au calme. Définitivement. Dernier géant d’un âge d’or du jazz moderne, le saxophoniste s’en est allé à 95 ans, au terme d’un parcours d’anthologie où sa sonorité — tour à tour abrasive, méditative, souveraine — aura fasciné plusieurs générations de jazzfans. Son goût de la méditation fut aussi, au soir de sa vie, propice à une hauteur de vue peu commune. En témoignait l’entretien accordé en 2020 au "New Yorker". Il y était question de la pandémie, d’un jazz privé de clubs, mais aussi de George Floyd… En des temps déjà si binaires, la parole de Sonny Rollins frappait par sa nuance, son recul et... sa respiration. Voici ce qui avait été bloggé à l’époque.
Lorsqu’on lui demande quelles femmes l’ont inspiré, il cite Angela Davis, l’icône des droits civiques. "Persécutée et emprisonnée, elle faisait du yoga pour se maintenir en forme" »… Sonny Rollins ou la sagesse incarnée. Dans sa récente interview au New Yorker, le "colosse du saxophone" oppose aux plaies, aux troubles et aux caricatures de notre époque une sérénité à toute épreuve.
La vague de colère multiraciale qui a suivi la mort de George Floyd à Minneapolis l’a-t-elle vraiment surpris, lui qui, dans les notes de pochette de sa Freedom Suite de 1958, ne comprenait pas comment les Noirs de son pays, alors qu’ils étaient tellement imprégnés de culture américaine, se retrouvaient dans le même temps persécutés et réprimés ? Il semble en tout cas se réjouir du Bridge entre Noirs et Blancs face aux aveuglements de Donald Trump qu'il ne connaît pas personnellement et qu'il n'a pas l'air d'avoir envie de connaître...
La pandémie de COVID-19 l'a épargné, c'est l'essentiel. Sur le monde d'après, en revanche, ne demandez pas à Sonny Rollins de sauter de joie. Déjà, il n'a plus l'âge, et il n'a pas oublié ce qui s'est passé après les attentats du 11 septembre 2001, alors qu'il avait dû quitter en catastrophe son domicile situé à seulement six immeubles du World Trade Center. Tout allait changer en bien, paraît-il... On sait ce qu'il en est advenu. Depuis, il a pris de la hauteur. Sans illusions, mais aussi sans désarroi particulier. Un jazz privé de clubs, pandémie oblige ? Ce ne sera qu’un moment à passer, dit-il, sans aliéner pour autant l’intégrité et la spiritualité de cette musique. "Tout ça doit bien continuer à signifier quelque chose" »… On l’aura compris, au-delà des gros pépins respiratoires qui l’ont éloigné de son instrument, Sonny Rollins n’est pas à bout de souffle, loin de là, et ça fait un bien fou.
Sonny Rollins (7 septembre 1930- 25 mai 2026)