Centenaire Coltrane/ Quatre jazzmen dans le vent (Épisode 7)
À l’occasion du centenaire de John Coltrane, TSFJAZZ revisite le parcours et l’univers du saxophoniste à travers plusieurs angles. Parmi eux, son mythique "Classic Quartet", avec McCoy Tyner, Elvin Jones et Jimmy Garrison.
Même alchimie, même synergie que celle d’un autre fameux quartet, les Beatles en l’occurrence, lors de la seconde moitié de la décennie… Dans la première partie des sixties, John Coltrane constitue autour de lui le carré magique du jazz : quatre âmes indissociables, incandescentes. Au piano, le tout jeune McCoy Tyner, 21 ans lorsqu’il rejoint Coltrane. À la batterie, Elvin Jones, qui a déjà fait ses armes auprès de Charles Mingus et Bud Powell. Et bientôt, à la contrebasse, Jimmy Garrison, qui complète en 1962 ce qu’on appellera le « Classic Quartet ». À Montréal, en septembre 2009, McCoy Tyner se rappelait encore à quel point cette aventure avait été pour lui synonyme de seconde famille.
« C'était formidable. J'étais un jeune gars et… il était un peu comme un professeur pour moi. Vous savez, j'étais comme un petit frère pour lui. Lui et Elvin me traitaient comme tel… Quand j'ai rejoint le groupe, il m'a dit : “Écoute, si quelqu'un t'embête, viens me le dire.” Il était très protecteur. J'étais le plus jeune du groupe et j'adorais jouer avec John, Elvin et Jimmy. C'était formidable. »
Une famille, mais aussi un miracle d’équilibre. Autour de Coltrane, centre de gravité de cette masse sonore, la section rythmique semble fonctionner comme un seul organisme. Jimmy Garrison ancre le groupe avec sa pulsation obstinée, McCoy Tyner déploie ses accords amples et son toucher vigoureux… Quant à Elvin Jones, alliant puissance, souplesse et énergie, il fait voler en éclats la simple fonction de gardien du tempo pour devenir l’orfèvre des polyrythmies.
De My Favorite Things à A Love Supreme, le quartet développe ainsi une cohésion et une amplitude qui ont à jamais marqué les esprits. Pour Elvin Jones, interviewé en 1979 par le réalisateur Edward Gray, cela relevait presque de la télépathie.
« C'était en quelque sorte le pendant idéal pour mes idées, ma façon de jouer. Cela s'accordait complètement avec le style, avec toute la dynamique et tout ce que le groupe mettait en œuvre. C'était comme la main dans le gant, vous voyez, un accord parfait […] Avec John, c'était comme si tout ce que j'avais appris jusque-là prenait soudain tout son sens. Nous n'avions pas besoin de parler. Je crois que tout se passait par télépathie. »
Une télépathie qui, pourtant, se désynchronise peu à peu. Coltrane explore de plus en plus loin, de plus en plus free… Il a aussi d’autres fréquentations : Alice Coltrane, bien sû, mais aussi Pharoah Sanders, Rashied Ali… McCoy Tyner puis Elvin Jones ne trouvent plus leur place dans cette nouvelle configuration. Le Classic Quartet aura vécu à peine quelques années. Assez, cependant, pour imposer l’un des sons de groupe les plus reconnaissables de l’odyssée de la note bleue.