Caviar & Champagne

Tous les quatrièmes mercredi du mois à 19h
Laurent Sapir et Sébastien Vidal
Jeudi 4 juin 2026 | 07:00 - 08:00

La Havane, à fleur de mémoire...

Depuis plus de trente ans, il raconte Cuba — ses lumières comme ses blessures — avec une mélancolie et une lucidité qui en ont fait l’un des plus grands écrivains de langue espagnole. Créateur du personnage de Mario Conde et auteur de romans majeurs comme L’Homme qui aimait les chiens ou Les Hérétiques, Leonardo Padura n’a jamais cessé d’écrire — et de revenir à — La Havane, sa ville, jusqu’à faire d’elle un personnage à part entière, à la fois réel et fantomatique… 

Mais il ne s’était jusqu’ici jamais autant raconté lui-même. Ou plutôt : raconté à travers une ville. C’est désormais chose faite avec Aller à La Havane, un livre paru aux éditions Métailié qui tient à la fois de l’autobiographie, de la chronique urbaine, de l’essai historique, de la cartographie intime, ou encore du journal sentimental d’un homme regardant l’endroit qu’il a tant aimé devenir parfois méconnaissable, dans un contexte géopolitique marqué, on le sait,  par la crise, les pénuries, l’exil, les sanctions américaines et les tensions ravivées avec Donald Trump sur fond de menace d'intervention armée contre le régime communiste.

Un livre qui pose aussi une question béante : comment continuer à aimer un lieu qui nous devient peu à peu étranger ? Comment continuer à habiter, à écrire, à espérer même, lorsqu’une ville que l’on a tant aimée se transforme sous vos yeux? Du quartier populaire de Mantilla où il est né aux nuits du Vedado entre boléros et jazz cubain, des illusions révolutionnaires aux ruines du présent, c’est un portrait bouleversant de La Havane — ville de musique, de mémoire, de douleur et d’obstination — que signe Leonardo Padura. Une ville qu’il continue malgré tout de raconter parce qu’au fond, dit-il, écrire est aussi une manière de survivre.