Le tourbillon Belmondo à la Cinémathèque française
Crédits photo: Delphine / Sortir à Paris
Un « jeune premier » étrangement sapé, un acteur qui a refaçonné masculinité et légèreté, un cascadeur non dénué de principes… La Cinémathèque française remet Jean-Paul Belmondo en scène avec entrain et fraîcheur.
Dès le début de l'exposition, une photo le montre comme en équilibre sur un fil... Son immense silhouette semble courir ensuite d'une salle à l'autre, toujours en mouvement, presque en lévitation. De quoi rappeler ses cascades les plus célèbres, qu'il soit suspendu dans le vide entre deux immeubles en construction à Brasilia (L'Homme de Rio), ou alors cramponné à un filin d'hélicoptère survolant Paris (Peur sur la ville). Cinq ans après sa mort, Jean-Paul Belmondo voltige et tourbillonne à la Cinémathèque française. Tournis joyeux, à l'image d'une carrière qui n'a jamais vraiment tenu en place.
Car il faut le suivre, notre regretté Bébel, de Godard à Philippe de Broca. De précieux indices jalonnent heureusement le parcours imaginé par la commissaire de l'événement, Clémence Deroudille, dont on avait déjà apprécié la sensibilité lors de l'exposition consacrée à Romy Schneider. De fait, Belmondo ne fait pas que courir, il invente... ou il réinvente. Pose relâchée, pantalon largement remonté, chaussettes bien visibles... Il dynamite d'emblée les codes du jeune premier élégant dans L'Express au moment de À bout de souffle (il lui manque juste le vieux pull en laine qu'il arbore par ailleurs). La journaliste Madeleine Chapsal en est toute interloquée. Elle évoque dans les colonnes du magazine une sorte de "doux déchet" et s'interroge sur cette masculinité troublante.
La période De Broca est tout aussi innovante. Sauf que ce n'est plus la masculinité, mais la légèreté que le réalisateur de Cartouche et du Magnifique reconfigure avec son acteur-vedette, entre transgression inconséquente et autodérision. On craque tout autant pour un autre Belmondo, princier et solidaire. L'expo évacue son engagement syndical, notamment au sein de la CGT, mais elle retient d'autres moments d'intégrité. Sur le tournage de L'Aîné des Ferchaux, notamment, Jean-Pierre Melville finit par excéder Bébel : « Hier, j'ai déjà attendu de 8 heures jusqu'à 11 heures, et on me dit : "Monsieur Melville cherche ses boutons de manchette", eh bien ça, j'en ai marre ! Je ne suis pas un guignol ! » Et quand Melville maltraite sur le même plateau un monument comme Charles Vanel, Bébel explose : « Tu sais à quoi tu ressembles sans stetson et lunettes noires ? À un gros crapaud ! Voilà ce que tu es, un gros crapaud ! »
L'exposition n'élude pas cependant le tournant plus conventionnel de cette filmographie après l'accueil houleux réservé à Stavisky, d'Alain Resnais, lors du Festival de Cannes en 1974. L'acteur risque-tout va dès lors privilégier le côté "star" avant de devenir une "marque", creusant parfois à l'excès la même veine commerciale. On lui reconnaîtra en revanche un certain flair lorsqu'il renonce à porter à l'écran l'autobiographie de Jacques Mesrine (ce dernier lui a envoyé une lettre depuis le QHS de Fresnes...), discernant à juste titre l'assassin derrière le profil d'un pseudo-Robin des bois. Autrement plus authentiques, les archives personnelles de Belmondo donnent lieu à un album de famille particulièrement touchant, au terme d'une exposition toute en couleurs et en vivacité.
Belmondo, le magnifique , à la Cinémathèque (Paris 12e), jusqu'au 31 janvier 2027, sous la direction de Clémentine Deroudille. À suivre, sur TSFJAZZ, "Plein cadre", ce vendredi 9 octobre, à 8H30.