Julie London : 100 ans et toujours si proche...
Après John Coltrane, c'est une autre figure du jazz dont on célèbre ce 26 septembre le centenaire de la naissance : la chanteuse Julie London, qui a fait de la proximité vocale l'essence même de son art.
Une « rivière de pleurs »... et un trac fou. Julie London n'en mène pas large quand elle fait ses débuts de chanteuse en 1955 sur la scène du 881 Club, à Hollywood. Cry Me a River, son morceau le plus connu, va pourtant faire d'elle une star. Il est vrai que cette "torch song", concoctée par Arthur Hamilton et qui avait été dans un premier temps proposée à Ella Fitzgerald, convient autant à son chant mezzo voce qu'à son souffle voilé. À ses côtés, tout près d'elle, le guitariste Barney Kessel contribue à abolir encore davantage la distance entre l'interprète et le public. Proximité, intimité... C'est bien là la « Julie's touch », cette griffe de délicatesse au diapason d'une sensualité nimbée de mélancolie.
Elle n'a pourtant pas toujours eu le trac. Alors mariée à l'acteur et producteur Jack Webb, la première Julie London — celle d'avant Cry Me a River — impose aisément son physique de pin-up classieuse en tant qu'actrice. Chevelure d'or, beaux yeux clairs, taille mannequin... Comment ne pas la remarquer, même dans des seconds rôles, aux côtés de Rock Hudson ou d'Edward G. Robinson. On la retrouvera aussi dans un classique du cinéma américain, L'Homme de l'Ouest (1958), un western tardif d'Anthony Mann où elle tient tête à Gary Cooper en chanteuse de saloon soumise au regard des hommes tout en préservant sa dignité et son intériorité.
Mais si cette carrière au cinéma n'a pas connu tous les prolongements rêvés, Julie London y sacrifiant l'éducation de ses enfants, la chanteuse, elle, a continué à cheminer, notamment à l'ombre de son deuxième mari, le chanteur Bobby Troup, à qui on doit le fameux Route 66 pour Nat King Cole. Une trentaine d'albums suivront, parfois sur des registres assez variés. En témoigne notamment la tonalité plus mutine de Julie London sur ce très cajolant Daddy :
La chanteuse tutoie également les rivages de la pop sans rompre pour autant avec ses attaches West Coast : Jimmy Rowles, Gerald Wilson ou encore Bud Shank continuent ainsi à offrir à Julie London des écrins haut de gamme. Quelques grands noms de la bossa nova lui seront aussi infiniment reconnaissants pour sa manière de chanter doucement, sans forcer, avec un accompagnement allégé... Une esthétique de l'intime et du murmure que cette ambassadrice du « cool » a elle-même célébrée dans certaines de ses reprises.
Julie London (26 septembre 1926-18 octobre 2000). À réécouter, sur TSFJAZZ, "59 rue des Archives. Julie London, l'ambassadrice du cool", une émission de Bruno Guermonprez, David Koperhant et Rebecca Zissmann.