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Le Paris des Disquaires

Le mardi 30 juin 2020, par Laurent Sapir
Belle rencontre avec les mohicans de la galette noire. C'est ainsi que le journaliste Hervé Devallan qualifie tous ces passionnés de vinyles qu'il a rencontrés pour son guide, "Le Paris des Disquaires".

La suprématie du numérique et autres tendances lourdes étaient censées les enterrer, mais les disquaires indépendants résistent. Le retour en pleine lumière du vinyle les a même remis en selle à Paris et dans sa proche banlieue où ils sont désormais près d'une centaine. C'est plus qu'à Londres et Berlin ! Ces sans-culottes du 33 tours savent bien en même temps que le microsillon, marché de niche par définition, ne leur offrira aucune martingale. Qu'importe ! Une envie de partage, une qualité de conseil, le culte du pressage original et une certaine façon de planter le décor dans un espace plus ou moins réduit assurent à ces passionnés une clientèle précieuse, et pas seulement du côté des seniors.

C'est le journaliste Hervé Devallan, nez au vent façon routard, qui a débusqué ces disquaires au détour d'une rue obscure ou alors au cœur d'un quartier populaire que ces amoureux de l'objet rare discographique font vivre à leur manière. Au "Hands and Arms " de la Rue Crozatier, par exemple, le patron des lieux, Yves Plouhinec, peut ouvrir sa boutique tôt le matin au rythme des marchands des quatre saisons qui animent le marché d'Aligre, situé tout près. Ailleurs, on met en place des showcases, on invite une personnalité du quartier pour présenter ses coups de cœur... Parfois, on n'est pas seulement disquaire. Il y a ceux qui vendent aussi de la hi-fi, des bandes dessinées ou des bières.

Faire vivre un quartier, c'est aussi se transformer en caverne d'Ali Baba. Les vinyles grimpent jusqu'au plafond au "Monster Melodies " du quartier Rivoli dont Serge Vincendet tient le gouvernail. Au pied de Montmartre, des fresques à l'entrée du "Rideau de Fer " donnent un air de fête à la rue et c'est un ancien tailleur de pierre, Olivier Châtelain, qui tient désormais la boutique. Ailleurs, on joue avec le volume de la pièce à coup de lumières bleues ou blanches tamisées tout en profondeur. À l'école du design, les disquaires sont loin d'être des cancres. Et si les généralistes font super bien le job, les spécialisés charment encore davantage. Pop coréenne et musique indienne, Great Black Music et disquaires-autels dédiés à Madonna ou à Mylène Farmer... Il y en a pour tous les goûts.

Le nôtre, surtout, lorsque l'auteur, remontant la rue des Arènes (5e arr.) , parvient jusqu'au Paris Jazz Corner. "Il n'y a pas qu'à San Francisco que la maison bleue est adossée à la colline", écrit Hervé Devallan avant d'observer à quel point, en ces lieux, la science du classement relève d'un rite étrange. Vous recherchez un disque du guitariste japonais Kazumi Watanabe ? Vous ne le trouverez ni à la lettre W, ni dans la partie Japon. La bonne pioche, c'est au rayon guitare. Peut-être une ultime pirouette du fondateur, Arnaud Boubet, parti à Sommières, dans le Gard, pour ouvrir un restau et une salle de concerts.

Frank Valois pour les photos et Gilles Le Nohazic à la mise en page contribuent à la réussite de ce guide aussi sensible que picaresque qui nous fait également découvrir une concentration phénoménale de disquaires dans le 11e arrondissement. Ultime et saisissant détour au marché Dauphine des Puces de St-Ouen avec ses huit disquaires rien qu'à un seul étage. Presqu'une capitale du disque dans les faubourgs de la capitale... Autant d'endroits, intra ou extra-muros, qui ont tous rouvert dès l'aube du déconfinement. De quoi s'y précipiter tant ce pari-là est aussi généreux qu'incertain dans la période actuelle.

Le Paris des Disquaires, Hervé Devallan (Éditions Jazz & Cie). Coup de projecteur avec l'auteur, ce mercredi 1er juillet, sur TSFJAZZ (13h30)

 

 

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