Du nouveau du côté de Dr John
Vous le connaissez peut-être sous son premier nom de scène : Mac Rebennack. Dans les années 50, il officiait en tant que plume, producteur, et musicien.
Mais tout a changé pour lui le jour où il est entré en prison pour possession de drogue. Deux ans plus tard, Mac Rebennack n’était plus, mais Dr. John était né. Et surtout, il était libre. Un personnage créé de toutes pièces, avec des caractéristiques assez précises : un prince sénégalais qui, des décennies auparavant, était venu d'Haïti à la Nouvelle Orléans, et un CV assez impressionnant puisque Dr. John était sorcier et guérisseur spirituel.
De quoi insuffler une touche de spiritualité et de psychédélisme au blues de la Nouvelle Orléans. Avec un personnage pareil, vous imaginez bien que les concerts faisaient office de cérémonies vaudoues au cours desquelles le Docteur se parait de robes, de plumes et d’os de toutes sortes. Le manifeste de cette nouvelle ère est publié dès 1968, avec un album semblable à aucun autre et au titre tout trouvé : "Gris-Gris".
Quatre ans plus tard, le personnage a eu le temps d’évoluer, et sa musique avec.
De cette métamorphose est né l’album "Gumbo" en 1972. Mais, en réalité, c’est l’année suivante que Dr. John dévoile son plus grand succès : l’album “In the Right Place”. Un succès qui prend rapidement des airs de malédiction.
Pour reprendre ses propres mots, “Ça a été ma vie pendant très longtemps. A la fois j’étais au bon endroit au mauvais moment, et au bon moment au mauvais endroit. C’était ça le problème”. Et malgré tout, c’est cet album, et tous les concerts qui ont suivi, qui ont fait de lui la légende de la Nouvelle Orléans qu’il représente encore aujourd’hui.
L’histoire de Dr. John aurait pu s’arrêter là. L’homme se serait effacé derrière la légende et consumé dans l’héroïne, pendant que le monde s’occupait à faire de sa musique un patrimoine.
Mais ça, c’était sans compter sur son petit côté phœnix. En 1989, c’est le sevrage. Et les vingt années qui suivent, c’est la fuite en avant. Dr. John quitte la Nouvelle Orléans, s’installe à New York et part en cavale (ou en tournée, appelez ça comme vous voulez). Pendant deux décennies, il ne tient pas en place. Et, s’il en devient l’un des ambassadeurs les plus percutants, il met un point d’honneur à se tenir loin de la ville qui lui a tout donné et qui a failli tout lui prendre.
Et comme la légende de Dr John n’a toujours pas fini de s’écrire, malgré sa disparition en 2019, on découvrait vendredi dernier un tout nouveau live, enregistré en Allemagne, sous le soleil de juillet 1999. Et dans un endroit plein de mystères qui lui va bien : le théâtre Lorelei, magnifique arène en pierres située juste à côté du rocher de la mythologique sirène.
Non, nous ne sommes pas seuls ce soir dans Jazzlive.
Dr. John, Live at Rockpalast (MIG & Dr. John Estate - 2026 / rec. 1999)
Dr. John - piano, voix
Bobby Broom - guitare
David Barard - basse
Herman Ernest - batterie