Sonny Stitt at Bubba's - 1981
Il avait été surnommé le “Loup Solitaire” par le critique Dan Morgenstern, essentiellement parce qu’il préférait partir en tournée qu’en lune de miel.
Sauf que ce n’est pas tout à fait vrai. Si vous voulez mon avis, c’est même complètement faux, et Sonny Stitt était peut-être l’un des jazz cats les mieux entourés qui soit. Seulement, il avait décidé de faire de l’amitié son grand amour et n’avait pas trouvé de meilleurs mots que ceux du jazz pour le dire.
Il n’y a qu’à remonter rapidement le fil des plus de cent albums pour constater que “solitaire” n’est vraiment pas un mot qui convient à Sonny Stitt.
Ça commence en big bands, principaux centres de formation des jeunes jazzmen, sur les bancs desquels il rencontre celui qui deviendra son alter-ego, son boss ténor : le saxophoniste Gene Ammons.
Ça explose dans les années 50. Son jeu, reconnaissable entre mille, attire les labels les plus prestigieux qui le signent les uns après les autres, de Prestige à Verve, sans oublier Argo.
De quoi lui ouvrir, quelques années plus tard, les portes du quintet de Miles Davis. Sonny Stitt, c’est le chaînon manquant entre John Coltrane et Hank Mobley.
Et dans les années 60, il retrouve son vieux pote Gene Ammons et à partir de leur album “Dig Him!” en 1961, on ne les arrêtera plus. Ensemble, ils signent ce que certains considèrent comme leurs plus beaux disques, et incarnent l’un des exemples les plus emblématiques du duo deux ténors, comme ont pu l’être à leur manière Zoot Sims et Al Cohn, ou Johnny Griffin et Eddie ‘Lockjaw’ Davis.
Ce qu’il y a de bien avec l’amitié, c’est que ça se partage, et ça n’interdit rien. Alors, ce soir, on va voir ce que ça donnait quand on mélangeait un peu les équipes.
En novembre 1981, Sonny Stitt et Eddie ‘Lockjaw’ Davis s'associaient à l'occasion d’un concert dans la petite ville de Fort Lauderdale en Californie.
Ce soir-là, quelques privilégiés venus passer le temps au Bubba’s Club ont pu assister à une joute entre deux vieux briscards qui n’ont plus rien à prouver, mais toujours le même plaisir de jouer. C’est peut-être ce qui donne à l’album live qui en a découlé ce petit côté délicieusement décontracté et remarquablement maîtrisé.
Comme si Sonny Stitt, savait que ce concert comptait parmi ses derniers. Comme s’il avait décidé de faire de chaque morceau un chapitre de ses mémoires et de chaque note une anecdote.
Mais il me semble que le mieux reste encore de les écouter sur TSFJAZZ…
Rendez-vous dès 21h!
Sonny Stitt, Bubba's Sessions (Who Is Who In Jazz - 2022)
Harry ‘Sweets’ Edison - trompette
Sonny Stiit - saxophones ténor & alto
Eddie ‘Lockjaw’ Davis - saxophone ténor
Eddie Higgins - piano
Donn Mast - contrebasse
Duffy jackson - batterie