Anaïs Atamian (Jazz sur Seine/Paris Jazz Club): "15 ans, c'est l'âge de la maturité"...
C'est toujours l'un de nos principaux repères de la rentrée. Le festival Jazz sur Seine aura lieu du 9 au 24 octobre à Paris et en Île-de-France, à l'initiative du Paris Jazz Club. Et c'est la 15e édition cette année, avec déjà plusieurs concerts phares annoncés : Lakecia Benjamin au New Morning, JD Allen au Duc des Lombards, Leïla Martial au Studio Raspail, Jî-Dru au Saint-Denis Jazz Club, mais aussi le contrebassiste Joe Sanders à l'Espace Sorano de Vincennes, ou encore le trio Abraham Réunion au "Jass Club", du côté de Tolbiac. Rencontre avec Anaïs Atamian, coordinatrice du Paris Jazz Club.
— Diriez-vous déjà, pour paraphraser une célèbre citation, que 15 ans, c'est le plus bel âge de la vie pour un festival comme Jazz sur Seine ?
— Ces 15 ans, on en est déjà très fiers. On a réussi à faire vivre un événement solidaire, qui regroupe beaucoup de partenaires à Paris comme en Île-de-France, et 15 ans, pour nous, c'est l'âge de la maturité, l'âge où on a réussi à implanter quelque chose et à donner une certaine solidité au projet. C'est aussi le moment de commencer à réfléchir à la suite : comment on peut réinventer le projet et l'étendre.
— C'est vrai qu'il y a des nouveautés cette année, mais est-ce que ça reste toujours un événement grand format ?
— Complètement. 33 lieux différents, plus de 250 concerts au total. On a battu un nouveau record.
— Et pour ce qui est des nouveautés ? Vous inaugurez un dispositif en lien avec le cinéma, mais aussi l'opération Jazz en herbe. À quelle logique répondent ces nouveautés ?
— Nous souhaitons élargir le public du festival et faire découvrir le jazz au plus grand nombre, sous toutes ses facettes. On a effectivement ce nouveau volet « Jazz et cinéma » pour fêter à la fois les 15 ans du festival et les 20 ans de l'association Paris Jazz Club. Jazz et cinéma ont des liens étroits. On aura quatre cinémas partenaires à Paris et en Île-de-France — la Filmothèque du Quartier Latin et l'Espace Marcel-Carné (Saint-Michel-sur-Orge) notamment —, et on organisera des séances autour de films comme Bird, de Clint Eastwood, ou encore Soundtrack to a Coup d'État, de Johan Grimonprez, sorti plus récemment. Mais il y aura d'autres surprises.
— Et pour Jazz en herbe ?
— Ça, c'est une idée des clubs de jazz, dans le sillage de l'opération « Jazz & Goûter » au Sunset-Sunside. L'idée est de créer un parcours jeune public, avec des approches plus ludiques et plus pédagogiques du jazz, des accompagnements, et même des « boums » jazz dans certains endroits. Les horaires seront également adaptés pour permettre à ce nouveau jeune public de participer à des propositions spécifiques.
— Les showcases seront le traditionnel temps fort du festival, le mardi 13 octobre... sauf que vous en avez changé le nom.
— Oui, on a opté pour « Marathon Jazz », à destination des professionnels, mais aussi du public. C'est vrai qu'en l'organisant, on a l'impression d'un marathon : 15 concerts, tout de même, en une seule soirée pour présenter le meilleur de la scène jazz actuelle dans les cinq clubs parisiens de la rue des Lombards, de 20 heures à minuit. C'est très dense.
— Avec déjà deux ou trois coups de cœur vous concernant ?
— C'est toujours très difficile de répondre à cette question sur l'ensemble d'une programmation. J'aimerais cependant citer Wajdi Riahi, ce pianiste tunisien qui mélange jazz, sonorités et rythmiques d'Afrique du Nord. C'est complètement envoûtant. On est aussi très heureux d'accueillir le tout nouveau projet de la vocaliste Leïla Martial pour sa première à Paris. On la retrouvera au sein du duo Karma Bazar, avec à ses côtés le claviériste Élie Dufour.
— Elle a déjà deux Victoires du jazz dans son CV, Leïla Martial...
— J'ai beaucoup d'admiration en tout cas pour son travail sur l'élargissement de la voix, les sonorités, tout ce qu'elle a fait pour amener le scat et pour emmener ailleurs l'improvisation en jazz vocal.
— Il y a beaucoup de pianistes dans ce Marathon Jazz : Wajdi Riahi, Élie Dufour, mais aussi Levi Harvey, ce jeune Franco-Britannique qui nous a vraiment scotchés ce printemps. Il y aura aussi Noé Huchard, Amaury Faye, Marc Priore... Tous des pianistes !
— C'est effectivement l'année du piano. Pour le coup, c'est surtout une coïncidence, même si on voit bien que le piano est un instrument qui peut se déployer dans des créneaux très différents. C'est l'instrument harmonique par essence. Stylistiquement, il permet d'aller du jazz au baroque, comme c'est le cas pour Marc Priore, en passant par un versant plus world, plus pop ou R&B. Je pense notamment à Alex Monfort, jeune pianiste aux multiples influences, qui présentera également son projet.
— Jazz sur Seine, on le sait, ce n'est pas seulement Paris, mais aussi l'Île-de-France, avec notamment le Nouveau Comptoir à Fontenay-sous-Bois et d'autres endroits encore... Pensez-vous qu'il existe des passerelles entre Paris et sa banlieue, avec une même philosophie d'écoute du jazz, ou est-ce que cela reste encore deux mondes bien séparés : le jazz dans la capitale et le jazz en banlieue ?
— Il n'y a rien de séparé, mais il y a cependant un aspect complémentaire. On ne peut pas nier ce qui se passe en dehors de Paris. Ce sont des lieux extrêmement riches, des piliers de l'écosystème du jazz. La base du festival, c'est de valoriser les clubs parce que ce sont des lieux de rencontre majeurs avec le jazz et entre musiciens, comme des lieux de création de nouveaux projets. Et c'est encore plus vrai pour les lieux en dehors de Paris, qui sont souvent les premiers prospecteurs d'artistes, notamment les plus jeunes. En termes de repérage, ce sont aussi des endroits qui peuvent attirer un public qui a peut-être moins l'habitude d'aller dans les clubs parisiens. Donc, pour moi, c'est assez essentiel de valoriser leur travail et c'est vraiment le but du festival de montrer que le jazz ne se passe pas qu'à Paris.
— Et là encore, y a-t-il un ou deux endroits hors capitale qui méritent vraiment le détour à vos yeux ?
— Je pourrais mentionner le Triton, aux Lilas, par exemple, qui fait vraiment depuis très longtemps un très beau travail, que ce soit en termes de programmation assez éclectique, mais aussi de travail sur le territoire avec des master classes et des actions culturelles. C'est aussi un lieu très agréable à visiter et j'enjoins le public à aller y passer une ou deux oreilles.
— Un dernier mot, peut-être, sur les tarifs. Vous mettez en place un pass 3 concerts à 40 €, une offre découverte également à 12 € pour un concert à destination des étudiants, des demandeurs d'emploi et des élèves de conservatoire...
— Nous mettons aussi en place cette année un pass 3 concerts + une place de cinéma à 45 €, ce qui va permettre d'allier expérience live musicale et découverte du jazz sous une autre facette. Ce sera aussi décliné pour les jeunes sous la forme d’un pass 1 concert + 1 place de ciné à 15€.
Jazz sur Seine, du 9 au 24 octobre à Paris et en Île-de-France. Soirée Marathon Jazz, le mardi 13 octobre.