Mardi 8 septembre 2026 par Laurent Sapir

Quand Mao faisait taire le jazz chinois...

Entre Mao et le jazz, cela n’a jamais été une grande histoire d’amour, bien au contraire… Disparu il y a tout juste cinquante ans, le 9 septembre 1976, le "Grand Timonier", comme on le surnommait, aura bâillonné les notes bleues autrefois florissantes dans le Shanghai des Années folles, avant que la Révolution culturelle ne resserre encore l’étau.


On l’avait baptisée le  « Paris de l’Orient »… Dès les années 1920, Shanghai la cosmopolite s’acclimate au jazz avec l’arrivée de nombreux musiciens américains pour animer les « night clubs ». Le batteur Whitey Smith, notamment, adapte les syncopes en vogue aux rythmes des romances traditionnelles, et en 1934, naît le premier orchestre composé uniquement de musiciens chinois. À New York aussi, Shanghai est à la mode, à l’image du Shanghai Shuffle de Louis Armstrong dans l’orchestre de Fletcher Henderson.

 

 

Vitrine coloniale à l’ombre des concessions étrangères, gangs et autres bandes qui donneront naissance plus tard aux « triades »… Le jazz se développe aussi dans une atmosphère parfois bien délétère et émaillée de références littéraires, comme le soulignait il y a quelques années sur notre antenne l'écrivain, sinologue et haut fonctionnaire Nicolas Idier.

1949. Extinction des feux. Quand Mao et les communistes prennent le pouvoir, les dancings ferment, le jazz est perçu comme trop occidental, trop décadent. Même les vétérans reconvertis ensuite dans l’enseignement de la musique classique sont rattrapés par leur passé lors de la Révolution culturelle de 1966, comme le rappelait en 1988 un article du Washington Post.  « C'était comme si la créativité était morte ici », dira plus  tard le pianiste Cao Ziping. D'autres continuent à pratiquer leur instrument en cachette, seuls chez eux.

Crédits photo: © CC/Li Zhensheng

Ouverture économique oblige, l’après-Mao sera moins discordant, jusqu’à ce concert de l’Old Jazz Band qui rassemble en 1980 plusieurs vétérans au Peace Hotel (l’ancien Cathay Hotel) sur le « Bund » de Shanghai. Après des décennies en sourdine, et alors même que la Chine reste l'un des pays les plus répressifs en matière de droits humains, le jazz chinois a recommencé à swinguer.