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Soit dit en passant (l'autobiographie de Woody Allen)

Le lundi 22 juin 2020, par Laurent Sapir
Il ne dit rien d'intéressant sur sa vie, ses films, son art, sa vision du jazz... En guise d'autobiographie, "Soit dit en passant", nous extrait de notre torpeur que lorsque Woody Allen sort ses griffes contre Mia Farrow.

Maudit Thelonious ! Au tout début de leur romance, Woody Allen croit bon d'emmener Mia Farrow au funérarium où la dépouille de Monk est exposée. "Elle s'était montrée polie mais consternée", écrit le cinéaste au sujet de sa dulcinée de l'époque. Le jazz comme premier carburant de la fracture à venir ? L'hypothèse laisse bien plus rêveur que ce qui va suivre, à savoir une longue charge au vitriol déguisée en autobiographie contre celle dont les accusations ont littéralement pourri la vie de son ancien pygmalion.

À ce stade, pourtant, et notamment avec deux de ses premières compagnes, Louise Lasser et Diane Keaton, de beaux portraits au féminin pluriel avaient relevé un récit laborieux, entre enfance juive folklorique dans un Brooklyn mille fois vu et fastidieuse revue en détail du stand-up américain des années 60. Même engouement, terni cependant par quelques propos limite graveleux, lorsqu'il est question de Scarlett Johansson, l'une des interprètes les plus inoubliables de ses films.

Mais avec Mia Farrow, changement de style. Contre celle qui l'a traîné en justice pour agression sexuelle sur leur fille adoptive (visiblement à tort, pénalement parlant...) , le réalisateur de Manhattan dézingue en mode ultra-glauque. L'égérie de Radio Days se transforme en sorcière qui frappe ses gosses avec un téléphone et change leurs prénoms quand ça lui chante. C'est aussi une vorace de l'adoption qui n'hésite pas à rendre au bout de quelques jours les bambins qui lui déplaisent.

Cramponné à une telle croisade, Woody Allen n'a pas trop l'esprit à fendre l'armure. Le réalisateur s'en tiendra donc, sur le reste de son parcours, à ne rien lâcher de vraiment intéressant. Sur le cinéma en général et sur ses propres films en particulier, on cherchera en vain un regard, une sensibilité... Pas étonnant qu'il esquinte Katharine Hepburn et Certains l'aiment chaud. Le pire, c'est cette éternelle posture du cancre éternel, de l'intello "à l'insu de son plein gré". On n'y croit pas un instant. Fausse modestie.

On se souvient d'ailleurs n'avoir jamais vraiment marché à l'auto-dénigrement des personnages qu'il interprétait dans ses premiers films, si brillants soient-ils. Dans cette autobiographie, les masques ont moins de tenue. L'humour aussi. On rit à peine. Et le jazz, alors ? Même frustration. L'épisode "monkien" avec Mia Farrow reste finalement ce qu'il y a de plus touchant en la matière. En vérité, Woody Allen raffole de la note bleue comme d'autres raffolent des raviolis. Sur l'âme de cette musique et sur ceux qui l'ont nourrie, il donne l'impression de bâiller. On l'aura compris, au terme de cette autobiographie, la moisson est bien maigre.

Soit dit en passant, Woody Allen (Éditions Stock)

 

 

 

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