La légende RKK

Tristes tropiques. Rémy Kolpa Kopoul, dont les initiales suffisaient à fonder tout un mythe, n’a pas survécu à un vilain crachin brestois, lui qui n’était que soleil sur les rythmes endiablés de Rio et des pays où il fait chaud.

Sa voix-ovni sur les ondes de Radio Nova, ses bretelles, son cœur gros comme ça… RKK faisait rimer curiosité et générosité avec un allant et un sens de la fiesta qui défiaient les rides. Aucun signe de déclin, chez lui, même si les pépins de santé lui avaient joué de mauvais tours il y a quelques années. Tellement espiègle et limite pince-sans-rire entouré de ses jeunes groupies-amazones au féminin pluriel, c’était à la fois une encyclopédie vivante et un éternel aficionado des musiques venues d’ailleurs, de la transversalité érigée en absolu et de toutes les belles notes, qu’elles soient bleues, noires, reggae ou caribéennes, pourvu qu’elles résistent au marketing.

Et derrière tout ça, derrière les talents qu’il a fait émerger (Yuri Buenaventura, Yaël Naim…), une vraie conscience. Pas seulement politique. Outre le militant maoïste des seventies forgeant son style dans les années Libé puis dans l’épopée Actuel au côté de Jean-François Bizot, RKK est une plume acérée, un exemple de rigueur journalistique, un enquêteur de musiques et de citoyennetés. De révolutions, également. Il est bien à sa place au moment où TSFJAZZ commence à écumer la bande FM, ne jurant que par Coltrane mais façon Olé, pimentant la programmation de quelques infiltrations Bossa ou Latinos à jamais constitutives de l’identité musicale de la radio.

Depuis ce temps-là, nous restions bercés par son regard plein de tendresse et de bonhommie, par cette impression qu’il nous faisait don de son amitié en veillant à ne pas trop la disperser ailleurs… Au côté de Jean Rouzaud, que nous allons encore plus aimer, maintenant, Rémy Kolpa Kopoul était l’un des vétérans de la Nova Team. Il en était aussi l’élément le plus cool, la branchitude suffisamment tempérée pour ne jamais céder à l’arrogance. Une école de culture. Une école de vie.

Rémy Kolpa Kopoul (23 février 1949-3 mai 2015)




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