Il était une fois en Amérique

Une bande de gamins au pied du pont de Brooklyn, une sonnerie de téléphone qui continue de retentir alors même qu’une main a décroché le combiné, un frisbee sorti de nulle part ou encore une charlotte aux fraises tellement plus irrésistible, finalement, que les charmes d’une jolie dame… 30 ans après sa sortie en salles et alors qu’il bénéficie, désormais, de sa durée intégrale (4h11), Il était une fois en Amérique, testament opiacé de Sergio Leone, tutoie définitivement l’anthologie.

Une fumerie d’opium, donc… C’est là où tout commence dans un assaut de violence débridée, et c’est là où tout finit au travers de l’indéchiffrable sourire d’un Robert de Niro dont on n’oubliera pas de sitôt les silences, les rides et l’art quasi-métaphysique avec lequel il laisse tourner sa cuiller dans la tasse à café. La fumerie d’opium, aussi, comme le lieu même de ce que l’art-cinéma peut avoir de prométhéen.

C’est ainsi qu’entre volutes de souvenirs, réminiscences hallucinées et ombres chinoises, la mémoire d’un gangster a des allures de guerre du feu. Elle peut tout faire ressurgir, dans l’effréné comme dans le dilaté:  passé et futur, grande époque de la Prohibition et scandales politico-affairistes de l’après-guerre, teintes sépia de l’enfance dans le ghetto juif new-yorkais ou alors dégradé noir-sang de l’âge adulte, celui des déceptions, des règlements de comptes et des trahisons.

Qu’importe, dés lors, les irruptions de trivialité et de facilités machistes dans cette assomption opératique auréolée d’un vernis proustien. La collision des tonalités, après tout, comme la folle valse entre les différents espaces temporels, contribue à la légende du film, à ses vertiges et à ses mystères. Il en va de même, d’ailleurs, sur le plan musical avec, dans l’ombre de l’une des plus belles B.O. d’Ennio Morricone, le Yesterday des Beatles mais aussi des standards de jazz comme Night & Day, Summertime et St James Infirmary

Il ne reste plus, dés lors, qu’à déclencher l’immuable « Magnéto, Sergio ! », autrement dit à transcender tout ce que le propos a de dantesque avec des plans-séquences somptueux (la cabine téléphonique…), des fondus enchaînés débordant d’inventivité (le fameux frisbee en amorce de flashback, les mouettes sur la plage et la banque à dévaliser…) et des acteurs au sommet, James Woods faisant jeu égal avec De Niro dans le rôle de l’ami sombrant dans la folie. Il était une fois en Amérique devient ainsi ce type de film qu’on ne se lasse plus de redécouvrir.

Il était une fois en Amérique, Sergio Leone (1984), reprise en salles dans sa version intégrale le 6 mai (Distribué par Carlotta Films). Coup de projecteur  le mardi 5 mai avec Frédéric Mercier, de la revue Transfuge.




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