Exposition Edith Piaf à la BNF

Douce au regard, toute en circularité et agencée avec originalité et intelligence, l’exposition que la BNF consacre à Edith Piaf pour le centenaire de sa naissance est une réussite à tous points de vue. Y compris lorsqu’on ne fait pas partie des 780 000 « amis » recensés par la maison de disques Warner sur la page Facebook de la chanteuse.

Pas de chronologie convenue dans le parcours conçu par les deux commissaires de l’exposition, Joël Huthwohl et Bertrand Bonnieux, et encore moins de sono assourdissante où Milord, La Foule, l’Hymne à l’Amour et La Vie en Rose viendraient constamment vous encombrer les oreilles. Muni d’un audioguide faisant écho à un répertoire infiniment plus varié, le spectateur se sent voguer, au contraire, en toute liberté, au gré d’espaces-couleurs thématiques.

Le grisé du pavé parisien tout d’abord, pour évoquer la femme du peuple que Sacha Guitry enrôle en sans-culotte de charme dans Si Versailles m’était conté. Le rouge flamboyant, ensuite, celui de sa consécration comme icône du music-hall, puis le rose tendre de ses amours et de ses amitiés… Une couleur-nuit, enfin, pour évoquer à la fois la légende et l’ultime vérité d’une Billie Holiday en bleu-blanc-rouge affirmant n’être heureuse que 10 minutes dans une journée, ce qui n’est peut-être pas si mal si l’on y réfléchit bien…

Lettres, extraits de films, documents audios ou audiovisuels…  Les pépites sont légion. De retour d’une tournée, à l’aéroport, Edith Piaf vanne Bruno Coquatrix, le patron de l’Olympia. Elle est tout aussi joyeuse, contrairement à sa réputation, sur le film muet en 8mm qui la voit en train de plaisanter sur une plage avec Gilbert Bécaud et Jean-Pierre Aumont. Yves Montand surenchérit sur l’art de roucouler avec une « fille qui se marre », n’oubliant pas, au passage, de marteler à quel point c’est lui qui était chagrin quand la Môme l’a brutalement délaissé.

On croise aussi, dans l’expo, Marguerite Monnot, la complice jazzfan toujours dans l’ombre. Elle a offert à Piaf l’une de ses plus belles chansons, Les Amants d’un jour… Au menu des reprises, on n’échappera pas à La Vie en Rose jazzée par Armstrong tout en se laissant surprendre par Les Trois Cloches telles qu’un certain Frank Sinatra les a anglicisées. Un blues profond, le blues de Paris, finit par nous rendre Edith Piaf profondément attachante. « Ta voix, c’est ton cœur », lui balance Serge Reggiani dans un vieux nanar touchant de nostalgie, et quand, dans le Savannah Bay de Marguerite Duras, Bulle Ogier parle d’une « chanteuse morte » tandis que Madeleine Renaud ajoute « On dirait qu’elle est là », la Môme Piaf atteint alors l’universel, tous genres, toutes générations et toutes émotions confondues.

Exposition Edith Piaf, Bibliothèque Nationale de France, Paris, jusqu’au 23 août. À suivre sur TSFJAZZ, « Les Lundis du Duc » spécial Edith Piaf, le lundi 11 mai (18h) en direct du Duc des Lombards, avec parmi les invités le guitariste Sylvain Luc.



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