Les 45 ans d’Avishai Cohen au Duc des Lombards

En club, les solos sont en gros plan. Ils prennent un autre volume par rapport aux grandes salles. L’exiguïté du lieu produit du compact, du sanguin, de l’incandescent. A maintes reprises au Bataclan, à Pleyel ou encore à l’Olympia, Avishai Cohen a embrasé son public. Au Duc des Lombards, il l’attise.

Avec pour étincelle un trio en ébullition. Nouveau venu dans la Avishai Dream, Daniel Dor est un batteur-ovni, un magicien des cymbales et des balais qui se déchaîne sur le mode câlin. Le fracas, mais en apesanteur…

Plus ancien dans l’équipe (Duende, album-culte…), Nitai Hershkovits n’a jamais aussi sauvagement swingué. Toujours les mêmes couleurs arc-en-ciel dans son toucher pianistique, mais sans fioritures et aux antipodes de cette joliesse où se laisse alanguir, parfois, une certaine tendance du nouveau jazz israëlien.

D’où l’impression de robustesse qui irrigue le concert. Pour ses 45 ans, Avishai Cohen rejoue en club et trouve, dans l’essence même du trio jazz avec laquelle il renoue au travers de son nouvel album, From Darkness, un profil qui le rend plus économe des chemins de traverse vis-à-vis de cette musique, même s’il continue à en incarner avec conviction les métissages et les creusets.

Sauf que rejouer en club, c’est creuser autre chose… Rejouer en club, c’est faire voir la sueur. C’est mettre à nouveau à nu l’étreinte charnelle avec la contrebasse. C’est rendre secondaire la problématique du renouvellement musical pour mieux retourner au jazz de l’instant présent en le vivifiant comme rarement Avishai Cohen l’a à ce point vivifié grâce à un sens exceptionnel de la synergie.

Un jazz de l’instant présent, oui, et en même temps, c’est si beau de se promener dans ses souvenirs -un ange passe aux premières notes de Remembering. C’est si beau, également, ce chant hébreu à la toute fin du concert, réminiscence d’une période où le contrebassiste est véritablement entré dans la légende du jazz contemporain. Une lueur d’enfance filtre dans son regard, dans sa voix. Rejouer en club, c’est ne jamais vieillir.

Avishai Cohen au Duc des Lombards, lundi 20 avril 2015




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