Every Thing Will Be Fine

Ce qu’il advient de Wim Wenders devrait d’avantage préoccuper l’Internationale cinéphile. L’Ami Américain est tout désabusé, Alice (dans les villes) baisse les yeux, nous ne savons plus où se trouve Paris, Texas et si le Mur existait encore comme à l’époque des Ailes du Désir, les anges de Berlin s’y fracasseraient la tête la première…

Le cinéaste de l’errance s’est perdu. Brutalement. Première alerte à l’automne. Dans Le Sel de la Terre, Wim Wenders filme Sébastiao Salgado, évacuant toute nuance dans l’approche de l’univers du photographe brésilien boursouflé en Christ Rédempteur. « Sebastiao a vu le cœur des ténèbres », l’entend-on déclamer… Cette veine sulpicienne, ce côté « cureton de la caméra » et cette obsession de la rédemption arpentent désormais le pire des chemins de croix. Every Thing Will Be Fine, qui est censé marquer le grand retour de Wim Wenders à la fiction, est un naufrage sans nom.

On y croise, en option 3D mais sans la moindre justification (contrairement à Pina, où le même dispositif donnait tellement de « corps » à la geste d’une fabuleuse chorégraphe et au travail de deuil de sa troupe…), James Franco en écrivaillon playboy plus ou moins hanté par la mort accidentelle d’un jeune garçon sur une route enneigée. L’acteur, qui semblait plus à son aise dans des comédies-jeux de cirque genre L’Interview qui tue, parvient difficilement, on le conçoit, à incarner le grand artiste introverti qui se repaît d’un drame passé pour nourrir son oeuvre avant d’en assumer, en guise de repentance, le passif émotionnel.

Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams et Marie-Josée Croze passent par là, cruellement désincarnées devant une caméra sans chair. Wim Wenders, il est vrai, a d’autres préoccupations: le propos moralisateur, en premier lieu, mais aussi le snobisme pictural, plusieurs scènes se référant visiblement à quelques grands maîtres.

S’y ajoute, de sa part, un pointillisme désarmant et des séquences d’un vide intersidéral à peine ponctuées de cartons où l’on peut lire « quatre ans plus tard »… Cette érosion du temps sur des feelings nomades et cette béance existentielle butant sur les scories de l’âme étaient filmées, autrefois, de façon si intuitive… Il n’en reste, aujourd’hui, que la main lourde, l’inspiration percée et le pressentiment que, désormais, sur la planète Wenders, Every Thing Will Be Worse.

Every Thing Will Be Fine, Wim Wenders (Sortie en salles le 22 avril)




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