Godard vif

« L’oeil brille, le cigare fume, le cheveu frise toujours »… A bientôt 85 ans, Jean-Luc Godard est effrontément vivant. Mieux, encore: il est vif. Démonstration en 127 trop courtes pages ciselées avec tact et intensité par Olivier Séguret, ancienne plume de Libération.

Godard, Libé… Ils se sont tant aimés. De vrais « conjoints générationnels » selon l’auteur qui a envisagé l’écriture du livre avant même de penser à quitter le quotidien, à l’automne 2014, alors que Libération traversait la plus grave crise de son histoire. C’est alors qu’est apparue l’évidence: le journal était plus mortel, encore, que Godard.

De qui, alors, préparer en premier la nécro ? A l’insoluble, nul n’est tenu. Séguret refuse de s’atteler à l’exercice de style que lui commande la direction de son journal au moment où il y bosse encore et alors que de vilaines rumeurs se répandent sur la santé de JLG… Comment « travailler au deuil sans travail de deuil  » ? Comment enterrer Godard alors qu’il est toujours en vie et que Serge Daney est mort ? Il aurait été parfait, Daney, pour l’oraison godardienne.

Peut-être quitte-t-on aussi Libé pour cela. La nécro au frigo ? Non merci, alors que c’est tellement plus vivifiant, justement, de retrouver Godard en vrai et « à vif » dans son atelier suisse, à Rolle. Surtout pas « à bout de souffle » et encore moins retiré du monde (il s’est juste évadé du mythe dans lequel on l’a enferré et dont il se fiche éperdument…) tant il reste connecté aux images, à l’actu, à la pensée, « à la fois dans la salle des machines et à la barre du vaisseau ».

Parfois, JLG effleure quelques fantômes (Mais au fait, est ce qu’il est mort Chabrol ? -Oui, il est mort il y a presque quatre ans. -Ah oui, c’est vrai. »), convoque une nouvelle fois Truffaut en duel, s’amuse à imaginer que c’est Agnès Varda qui les enterrera tous avec, dans la foulée, un retable-Nouvelle Vague exposé à la Fondation Cartier…

Sourire aux lèvres, même sur les sujets graves… Silhouette au vent dans les rues de sa cité endormie, abrité d’un pardessus pour rallumer, plaqué contre le mur, la flamme de son cigare éteint… Ainsi rajeunit-il, d’une certaine manière, sous la plume alerte et picturale d’Olivier Séguret. Un coup de pinceau qui vaut déclaration d’amour.

Godard vif, Olivier Séguret (G3J Editeur), en librairie ce 8 avril. Coup de projecteur avec l’auteur, sur TSFJAZZ, mercredi 15 avril.






Les commentaires sont fermés.