Sous le Soleil de Satan

Paru dans le dossier spécial Cannes de la revue Transfuge qui a sollicité divers intervenants en leur demandant de choisir un film primé, d’une manière ou d’une autre, sur la Croisette, depuis 1939.

« J’étais comme un lapin le premier jour de la chasse », dira le producteur du film, Daniel Toscan Du Plantier, en souvenir de l’ambiance lors de la projection de Sous le Soleil de Satan. Quelques 72 heures plus tard, c’est un lion qui brandit la palme sous les huées :  « Si vous ne m’aimez pas, je ne vous aime pas non plus! » Maurice Pialat dans le texte, autrement dit à la marge.

Pour lui, un cinéma assagi, ce n’est pas du cinéma. Bernanos montait pareillement au front contre une chrétienté toute tiédasse n’osant même plus prononcer le nom de Satan. Voilà pourquoi Pialat sur les traces du premier roman de l’auteur de Journal d’un curé de campagne, c’est la foudre. Tournage sous hypertension. Adaptation à la hache. Blocs de séquences en marbre bleuté où le corps massif et l’âme rongée de l’abbé Depardieu entrent en collision avec un frisson, une blancheur, un cri : Sandrine Bonnaire qui tue et meurt d’aimer.

On le pense aussi abruptement que le réalisateur de La Gueule Ouverte, mais quelque chose se meurt dans le cinéma français après le Satan de Pialat. Il faudra longtemps patienter, jusqu’à Bruno Dumont au moins (ou alors jusqu’à Vénus Noire d’Abdellatif Kéchiche…) pour retrouver à l’écran un tel entrelacement du charnel et du spirituel, un tel flux de tripes et de ténèbres enfouies et une telle endurance à forer le magma des ombres pour en extraire la grâce. Si vous n’aimez pas Sous le Soleil de Satan, je ne vous aime pas non plus…

Laurent SAPIR




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