L’Echange

John Ford, toujours… Mais cette fois-ci c’est John Ford au féminin… Seule contre tous, Angelina Jolie porte non pas le chapeau de cow-boy mais plutôt le chapeau cloche qui   donnait aux jolies dames des années 20 une élégance et une retenue dont Clint Eastwood semble faire son miel… A part ça, elle a surtout une vraie capacité de révolte individuelle, cette Christine Collins qui a réellement existé et à laquelle Angelina Jolie prête tous ses talents… C’est en cela qu’elle   est l’héroïne « fordienne » par excellence ! Face à une police   de Los Angeles corrompue jusqu’à la moëlle et qui prétend avoir retrouvé le fils qui lui a été enlevé, elle rétorque, calmement, « Non, ce n’est pas mon fils ! « … Mais on ne la croit pas… On ne veut pas la croire… C’est certainement une mauvaise mère, une femme facile, peut-être même une folle… Alors on l’envoie à l’asile dont seul pourra la sortir un pasteur justicier magnétiquement campé par John Malkovitch

Superbement reconstitué dans le Los Angeles d’avant la crise de 29, le sort de cette mère courage qui résiste face à tous les pouvoirs (policier, politique, médecins; pouvoir de l’opinion également…) suffit largement à densifier le propos de Clint Eastwood… Mais là où le film est encore plus fort, c’est lorsque le scénario, de manière fort judicieuse, dévoile une autre histoire, encore plus noire, celle d’un serial killer pédophile qui transforme en abattoir un ranch californien… On laissera au spectateur le soin de faire le lien entre les deux « histoires » du film, car elles se rejoignent, peu à peu, dans un crescendo qui démontre, une fois de plus, à quel point Clint Eastwood porte à des sommets toujours impressionnants son art du récit… Car on est embarqué, il n’y a pas d’autre mot, dans la fièvre narrative du film, et pas une seule fois on ne songe à regarder sa montre pendant les 2h20 de projection…

On aurait peut-être aimé, en revanche, que Clint Eastwood ne se laisse pas lui-même embarquer par son propos, car il faut bien avouer que le film, de temps en temps, prend une tonalité mélo qui en alourdit la charge… On aurait aimé plus de recul, moins de manichéisme…  Et en même temps, comment faire la fine bouche face à une telle force expressive… On ne fera pas non plus au cinéaste le reproche d’être trop classique, comme on l’a entendu à Cannes au printemps…Qu’importe le 21ème siècle ! Que ce soit sur la route de Madison, dans le sillage de Bird, ou sur l’île d’Iwo Jima, Eastwood est tellement solitaire dans sa maëtria qu’il en est devenu intemporel, et quelque part définitif, même si on peut préférer à cet « Echange » résolument rétro des oeuvres de caractère plus universel comme « Mystic River » ou encore « Mémoires de nos pères« …

L’Echange, de Clint Eastwood (Sortie en salles le 12 novembre)




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