W. L’improbable président

C’est toujours un peu casse-gueule, les films qui veulent rivaliser avec l’actualité… Oliver Stone est un champion dans le genre : cramponné à sa volonté de sortir sa Bush story   avant que le personnage ne rejoigne le musée Grévin des anciens présidents américains, le réalisateur de « Platoon » a peut-être un peu confondu, dans la dernière ligne droite, bouclage et bâclage… Et pourtant, au final, on peut dire que le film tient joliment debout, malgré quelques énormités comme dans cette scène où Bush a Chirac au téléphone avant la guerre en Irak… Inutile de dire que la voix anglaise de notre ancien président a semé l’hilarité générale dans la salle de projection…

Il y aurait aussi beaucoup à redire sur le côté un peu fauché du film… Son côté un peu téléfilm également, alors qu’Oliver Stone a plutôt surfé jusqu’à présent sur les gros budgets… Et puis le casting est un peu inégal, surtout en ce qui concerne les personnages de Colin Powell et Condoleeza Rice… On n’y croit pas un seul instant. Ce qu’on aime en revanche c’est la manière avec laquelle Olivier Stone a contourné son mépris et sa colère contre le 43ème président américain… Il ne l’a pas autant démoli que ça, en fait… Saisissant Bush junior à trois moments de sa vie, à savoir sa jeunesse ratée et alcoolisée, sa rencontre avec Dieu puis sa vocation expéditionnaire en Irak, Oliver Stone nous dépeint en fin de compte un brave type absolument pas fait pour le job mais qui s’est finalement imposé par lui-même en transformant ses défauts en atouts… C’est un Bush abîmé sous toutes les coutures mais résolument fonceur qui est génialement incarné ici par un comédien, Josh Brolin, dont on reparlera peut-être au moment des Oscars…

Et puis il y a vraiment deux belles idées qui sont bien traduites à l’écran: le syndrôme du père en premier lieu, avec une véritable opposition entre l’aspect très classe et un peu arrogant de Bush Senior et l’allure dépareillée d’un fiston dont il n’a pas vraiment l’air très fier…Il lui balance même à un moment « Tu te prends pour Kennedy ? »… C’est de la psychologie un peu sommaire, mais ça se défend… Et puis autre belle idée: George Bush et sa passion du base-ball… Le film commence et se termine d’ailleurs sur à peu près la même scène, dans un stade vide, avec un Bush qui a l’air de se prendre pour le président des Etats-Unis…  Vision improbable, peut-être, mais Oliver Stone a au moins réussi à imprimer sa marque à quelques deux semaines d’une élection historique.

W. L’improbable président, d’Oliver Stone (Sortie en salles le 29 octobre)




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