Pas son genre

De plus en plus mythique, Emilie Dequenne ! La tête encore dans les étoiles au souvenir d’un soir d’été où elle s’était laissée interviewer pour TsfJazz sur le banc d’un quai de Seine, on la retrouve en shampouineuse blonde platine susurrant « Mon chaton… » à l’élu de son coeur. Mis en scène par Lucas Belvaux, le film est intitulé Pas son genre… Un titre qui fait déjà office de savoureux teaser par rapport à la réputation de son réalisateur et de son actrice principale.

C’est vrai que ce n’est pas trop leur genre, à ces deux-là, la romance enjouée aux couleurs vives… Lucas Belvaux est connu pour des films à la tonalité sombre et socialement très engagés. On se souvient, en même temps, de cette fabuleuse trilogie de l’an 2002 (Un couple épatant, Cavale, Après la vie…) qui le voyait conjuguer un scénario unique sur un mode tour à tour comique, policier et dramatique. Même topo pour Emilie Dequenne: de la Rosetta des frères Dardenne à la mère infanticide de A perdre la raison, elle n’a souvent eu que le choix des larmes. Seul Claude Berri avait vraiment su saisir, dans Une femme de ménage, sa vitalité euphorisante.

La voici donc, ici, dans la peau toujours bien troublante de Jennifer (à cause Jennifer Aniston…), coiffeuse à Arras, fan de magazines people, le coeur gros comme ça et pas si conne qu’elle en a l’air même si c’est d’abord sous cet angle -celui de la distraction et du désoeuvrement- que la voit Clément, un prof de philo parisien muté dans le Nord. Elle le débride avec des séances de karaoké, il l’initie à Kant et Zola.

Au plus près des visages, la caméra de Lucas Belvaux filme à la fois les bonheurs et les non-dits de cette rencontre tirée d’un roman de Philippe Villain… Fracture sociale, fossé culturel, divergences de l’âme entre celle qui réclame l’investissement absolu et celui qui refuse de s’engager réellement… La catégorisation pourrait virer au cliché si le réalisateur ne prêtait pas d’abord attention aux chemins de moins en moins balisés sur lesquels évolue cette relation. C’est ainsi que ce beau parleur de Clément (Loïc Corbery, surprenant de sobriété après son fougueux Dom Juan donné il y a deux ans à la Comédie-Française) se fait peu à peu couper le sifflet (et briser le coeur) par sa partenaire.

Au bord d’une plage ou dans la fausse liesse d’un défilé de carnaval, une amertume acidulée irise subrepticement ce film à la fois tendre et grave qui rappellera à certains l’univers de Jacques Demy. On peut y craquer à loisir, en tout état de cause, pour une demoiselle d’Arras aussi pimpante et mélancolique que les fameuses Demoiselles de Rochefort…

Pas son genre, de Lucas Belvaux (Sortie le 30 avril). Coup de projecteur sur TsfJazz (12h30), le même jour, avec Emilie Dequenne.





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