L’Emprise

On trompe son ennui comme on peut en lisant Marc Dugain. Karachi, Areva, le Bugaled Breizh… Dans le fouillis de ce Médiapart du pauvre, le lecteur peut éventuellement s’amuser à repérer ce que l’auteur a recyclé ici ou là, assaisonnant sa revue de presse d’une intrigue à tiroirs encombrée de politiciens retors et de barbouzes fourbus.

C’est tout de la même la CIA qui a le dernier mot, ou presque… On n’est pas, hélas, dans un roman de Tom Clancy, mais bien dans un thriller politico-franchouillard aussi pénible que la surexposition médiatique de son auteur. Le puzzle imaginé par Marc Dugain n’a ni queue ni tête, ses personnages n’ont aucune réelle densité, et on cherchera en vain, dans L’Emprise, une trame crédible, haletante et stimulante sur le plan de la pensée politique.

Il y a pourtant bien une pensée politique dans ce crash littéraire au café du commerce. Elle « phosphore » dans l’esprit de Philippe Launay, ce favori à une élection présidentielle qui couche avec -devinez qui ?- son attachée de presse, et dont l’assise idéologique laisse pour le moins circonspect: pro-européen mais n’hésitant pas à cibler Bruxelles, écolo à fond mais aussi à fond pour le nucléaire, centriste bon teint mais prêt, s’il le faut, à marcher sur les plates-bandes de l’extrême-droite…

C’est là où l’on se souvient, tout à coup, que Dugain a soutenu Bayrou dans une vie antérieure… « Il était conscient qu’une fois au sommet de l’Etat, il ne pourrait rien changer en profondeur », écrit-il au sujet de son personnage qui méprise autant « le grand capitalisme » que « les illusions collectivistes qui pariaient sur un être humain illusoire pour finalement ne servir qu’une minorité de psychopathes »… Plus loin dans le récit, le centrisme falot prend des teintes carrément poujadistes, notamment lorsque l’auteur évoque le « catalogue de nouvelles lois votées par le Parlement, destinées à infantiliser encore un peu plus le peuple tout en donnant aux politiques le sentiment d’exister par cette incessante immixtion dans la vie des gens »...

Là, ce n’est même plus le Médiapart du pauvre… La bande à Edwy Plenel est au moins réputée pour la sève de son engagement et sa quête de l’accomplissement citoyen. Marc Dugain, lui, n’est que le dactylographe ampoulé de la vieille antienne du « tous pourris ». On a peine à imaginer qu’il fut, naguère, l’auteur de La Malédiction d’Edgar.

L’Emprise, Marc Dugain (Editions Gallimard)




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